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Editorial

La censure par le populaire : gestions populistes de l'art et de la culture

Depuis quelques mois, un même mot d’ordre se fait entendre ici et là : celui selon lequel les lieux d’art et de culture devraient être des lieux « populaires » et « ouverts à tous ». Rien de nouveau sous le soleil si l’on veut bien se rappeler que c’était le même élan qui guidait déjà Jean Vilar et Antoine Vitez dans la défense d’un « théâtre élitaire pour tous » (Vitez) dès les années cinquante. Pourtant le « populaire » semble aujourd’hui n’être qu’un vulgaire cache-sexe pour des politiques culturelles populistes et réactionnaires qui n’hésitent pas à prendre les commandes de lieux artistiques quand leur programmation ne s’ajuste pas aux cahiers des charges municipaux. On le sait les élus sont sensibles aux polémiques et le consensus doit régner pour éviter les risques politiques : les propositions divertissantes ont le mérite d’arrondir les angles en répondant aux attentes de collectivités souvent plus soucieuses d’aménager le territoire que de le voir se soulever sous l’effet de tensions et de désaccords profonds.

Celui qui est toujours instrumentalisé, celui pour qui parlent ceux qui agitent la poupée du « populaire » moribond, c’est le public. Le « vrai » public entendons-nous bien. Celui qui comme la Vérité d’X-Files est toujours ailleurs. Pas celui qui applaudit des deux mains les dramaturgies d’avant-garde (toujours intello celui-là), pas celui qui va trop souvent au théâtre, au musée ou qui a l’audace de lire quand sa ministre de la Culture lui rappelle que ça prend trop de temps (toujours suspect celui-là), pas celui qui baigne dans la culture, dans l’art ou dans l’école (il ne sait pas ce que c’est que le réel, celui-là). Non, le Vrai public, le Brut, l’Ignorant, le Mal-à-l’aise, celui qui sue à l’idée d’une pièce de trois heures, celui qui tremble quand on lui annonce un classique. Celui qu’on dit « empêché » après l’avoir affublé pendant longtemps de l’étiquette de « non-public ». Et c’est au nom de ce Vrai Public, qui n’a pas plus d’existence que le « Bon Chasseur » des Inconnus1, au nom du « Peuple », que le « populaire » se voit réduit au rang d’objet de culture consensuel. Ce n’est pas pour mon public, mes habitants ne veulent plus de ça, entend-on souvent ad nauseam. Car le « populaire » sait pour le peuple, pour le public, pour les habitants ce qui est « bon » pour eux, ce qui est « fait » pour eux, ce qu’ils ont « envie de voir » et ce qu’ils sont « en mesure de comprendre ».

L’actualité, au Blanc-Mesnil et à Montpellier, comme les conditions politiques actuelles, ne font que confirmer la soumission des artistes et des lieux artistiques au bon-vouloir des élus locaux. Autant de signes qui font craindre pour l’indépendance de l’art et pour le devenir de sa fonction émancipatrice.

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Exhibit B. : l’impensé colonial - l'installation de Brett Bailey taxée de racisme

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Violente charge contre le colonialisme et le néo-colonialisme sous toutes leurs formes (esclavage, génocides, instrumentalisation et exhibition du corps noir par les puissances coloniales, procédures d’immigration interminables, refoulement aux frontières, violation de la dignité humaine des réfugiés et des migrants), Exhibit B. est l’une des œuvres les plus importantes qu’il m’ait été donné à voir. Les interprètes, immobiles, vêtus de pagnes et des accessoires indigènes exotiques, plantés fixement dans le décor d’un zoo humain, regardent le public droit dans les yeux, tandis qu’on peut lire sur de petits cartons présentatifs leur âge, leur origine, leurs mensurations…

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Straight White Men de Young Jean Lee : la norme dans la peau

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Avec Straight White Men que l’on pouvait découvrir au Centre Pompidou dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, la dramaturge et metteure en scène Young Jean Lee poursuit son exploration des identités qui structurent la société américaine. Après The Shipment, spectacle hybride mettant en scène les stéréotypes qui affectent la communauté noire aux Etats-Unis, et Untitled Feminist Show, puissante et réjouissante démonstration de la plasticité et de l’hétérogénéité des corps féminins, Straight White Men s’attaque à ce qu’on appelle le « privilège » aux Etats-Unis, c’est-à-dire à la norme dominante masculine, blanche et hétérosexuelle, et à son mode de représentation traditionnel, le drame naturaliste en trois actes. Les codes qu’utilise Young Jean Lee sont on ne peut plus conformistes : un décor réaliste qui reproduit fidèlement la pièce à vivre d’un intérieur américain moyen, des personnages crédibles et une intrigue vraisemblable. Unité d’action, de temps, de lieu. Avec cette provocation formelle, la dramaturge new-yorkaise entend mettre à l’épreuve un modèle dominant en expérimentant les limites mêmes du genre dans lequel il est roi.

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