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15 janvier 2013
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Editorial

Puisque nous sommes en vie (Cette guerre n’est pas la nôtre)


Nous avons décidé de publier en édito de la revue Agôn, une lettre que j’ai écrite le lundi 16 novembre, dans le train qui me ramenait de Marseille où nous avons joué la pièce 81 avenue Victor-Hugo, une lettre pour mes étudiant.e.s de Toulouse et d’Albi, une lettre que j’ai lue à ces étudiant.e.s en Lettres et en Arts du spectacle. C’est une lettre que j'ai écrite parce que je regardais avec inquiétude approcher le moment où il faudrait parler, le moment où il faudrait trouver les mots justes devant eux, je savais qu’il allait falloir parler des attentats de vendredi, qu’il allait falloir en parler parce qu’il n’y a que ça à faire, parler, écrire, analyser, prendre le temps de comprendre, prendre le temps de penser, de penser autrement qu’avec la peur, de penser autrement qu’avec la colère, de penser autrement qu’avec la bêtise ou avec la tristesse. Elle a suscité beaucoup d'échanges avec mes étudiant.e.s, Français.es, mais aussi Syrien.ne.s, Algérien.ne.s ou Turques, d'accords et de désaccords au sein du comité de rédaction de la revue Agôn, qui ne manqueront pas de trouver leur place ici.

« Je vous lis la lettre que j’ai écrite car, comme vous tous, comme vous toutes, je suis émue, très émue, comme vous toutes, comme vous tous, je suis encore sous le choc de ces attentats, sous le choc de ces événements qui ont touché des proches et des moins proches, comme vous tou.te.s je me sens désarmée : je ne suis pas spécialiste de Daech, je n’ai pas d’explication claire et simple du fondamentalisme religieux – je n’en ai pas les compétences et je me refuse aux binarismes – je ne suis pas professeur de géographie ou de sciences politiques, mais je suis autrice, je suis dramaturge et j’enseigne le théâtre et la littérature et c’est de là, de cet endroit-là que je veux vous parler, de cet endroit qui parle de l’art, qui parle de l’art parce que l’art nous dit « je suis en vie », parce que l’art quand il ne s’aliène pas aux fascismes les plus misérables nous dit « regarde nous sommes vivants ensemble » et que la littérature peut exalter la différence et qu’il y a de la joie à se regarder vivre, c’est de cet endroit de la poésie et du théâtre que je veux vous parler, car les attentats ont visé des endroits où se trouvaient des étudiant.e.s et des professeur.e.s, des artistes et des spectateurs, des endroits où se trouvaient des jeunes et des moins jeunes, des gens qui affirmaient que la conversation, la musique, l’art, la littérature, le sport, le temps passé ensemble à la fête et à l’échange, valent plus que la haine, le replis et le mépris, des gens qui avaient le goût des vendredis soirs, des gens qui avaient le goût de draguer ou de danser, des gens qui s’apprêtaient à une nuit blanche, des gens qui n’étaient pas en guerre, des gens qui ne portaient pas les armes, des gens qui n’avaient pas de fleur au fusil, des gens qui seulement, comme vous et moi, s’exerceraient à cet étrange métier de VIVRE, j’ai repensé à janvier, j’ai repensé à janvier dernier, les attentats de Charlie, Paris, le retour à Albi, la semaine passée à parler avec les étudiant.e.s, la semaine et les suivantes à expliquer, et vendredi il y a d’abord eu l’effroi, l’effroi de se dire « ça recommence », l’effroi de se dire « ça a recommencé », de se dire « ça recommencera », et juste après l’effroi, il y a la certitude qu’il ne faut rien céder, rien céder à la peur, rien céder à la bêtise et qu’il faut plus que jamais parler, rire, écrire et échanger, plus que jamais refuser l’importation de la guerre civile, plus que jamais dire je ne suis pas en guerre, je ne l’ai jamais été, je ne le suis pas, pas plus aujourd’hui qu’hier ou que demain, plus que jamais dire « pas en mon nom », cette guerre en Syrie, cette guerre contre le terrorisme, je la récuse, plus que jamais il faut refuser les approximations faciles, les raccourcis qui font le jeu de l’extrême droite, refuser les falsifications morbides, refuser le piège tendu par le terrorisme qui n’est que l’autre nom de la terreur, refuser la mise en concurrence de l’horreur et déclarer sa solidarité avec les victimes de Paris, avec celle de Saint-Denis mais aussi avec celles de Beyrouth, d’Ankara, du Nigeria et du crash dans le Sinaï, refuser la stigmatisation des réfugié.e.s, des musulman.e.s, des sans-papiers, des pauvres, des banlieusard.e.s, des Noir.e.s, des Arabes, refuser qu’on range les gens dans des boites étroites qui nourrissent le racisme et l’islamophobie, refuser de céder à l’angoisse, refuser car l’ennemi est aussi intérieur, car l’ennemi c’est d’abord la réponse liberticide, car l’ennemi c’est d’abord la subjectivité de guerre et le nihilisme, ce qui fait que chacun peut être traversé par la tentation de l’égoïsme ou de la naïveté, par la tentation de la rancœur, par la tentation de la haine, parce qu’il est plus facile d’haïr que d’aimer, parce qu’il est plus facile de refuser que d’ouvrir grandes les portes, parce qu’il est plus facile de juger que de comprendre, je voulais vous lire une lettre pour nous dire cela, je vous le dis à vous comme je me le dis à moi : oui, il va falloir qu’on se regarde et qu’on se regarde autrement, il va falloir qu’on se regarde comme au lendemain d’une nuit effroyable où l’on a assassiné, qu’on se regarde comme au lendemain d’un massacre d’une violence inouïe en se demandant comment on va pouvoir changer, oui il va falloir reconnaitre ça aussi, les morts, les blessés, les disparus, ceux qu’on ne reverra plus exigent cela de nous si on ne veut pas qu’ils soient morts pour rien, il va falloir se retrousser les manches, trouver comment contrer le capitalisme qui est le terreau de toute violence, il va falloir continuer, il va falloir se dire qu’on ne cèdera pas, qu’on ne cédera pas à la facilité, qu’on ne cèdera pas à la peur, qu’on ne cédera rien à l’obscurité, qu’on va se faire porteurs de lampe de poche, qu’on va y aller, nuit et jour, se remonter les manches, ce qui veut dire, s’assoir, se parler, se parler peut-être comme on ne se parle plus, comme on ne s’est jamais parlé peut-être, comme on n’a jamais voulu le faire, il va falloir aller autrement vers la lumière, il va falloir qu’on trouve les chemins, ce n’est pas seulement refaire comme avant, se dire que refaire c’est déjà résister, non c’est inventer, inventer ailleurs, autrement, parce que retourner en terrasse, seulement boire et chanter sans saisir l'occasion qui nous est donnée de changer, sans faire autre chose, ce sera déjà abdiquer, résister c’est refuser d’entrer en guerre, c’est entendre la colère, les frustrations et ce qui fabrique de l’exclusion, c’est partir de là ensemble, c’est sans fausse naïveté reconnaître que des inégalités existent, qu’elles sont organisées – économiquement et politiquement – et qu’elles fabriquent de la détresse, c’est déconstruire les privilèges plutôt que de les masquer d’un voile pudique, c’est se dire que chacun.e d’entre nous peut faire entendre sa voix contre l’inhumanité et qu'on peut encore changer – tous, ensemble –, c’est refuser la peur, c’est refuser le piège qui nous est tendu, c’est refuser la panique et les stéréotypes, c’est plus que jamais, lire, penser, parler, rire et échanger, plus que jamais affirmer ça, l’amour et l’alliance, la joie et la pensée, la valeur de l’art qui ne cède rien aux fascismes et au compassionnel, la valeur des vies, de chaque vie – car chaque vie compte et toutes méritent d’être dignement vécues –, c’est affirmer ça la valeur de la complexité et lire et rire et échanger, plus que jamais ne pas céder, refuser la restriction de nos libertés et de nos puissances d’agir, contester la logique sécuritaire qui nous fait perdre ce qu’elle prétend sauver, allumer toutes les loupiottes, allumer tout ce qui brûle et réchauffe l’âme, de nuit comme de jour faire le soleil même la nuit, allumer pour aller vers la lumière, vers une autre lumière que cette nuit de surveillance que certains veulent embrasser, allumer pour contrer le scepticisme et la mélancolie, allumer pour aller vers ce qui luit, affirmer joyeusement la joie d’être vivant, affirmer la joie de l’autre, de tous les autres, ne pas fermer sa porte, ne pas fermer son esprit, ne pas fermer son cœur, ne pas se replier sur la peur, sur l’inquiétude et sur les idées simples, choisir les vérités qui sauvent plutôt que celles qui tuent, se rallier aux idées exigeantes parce qu’elles ne sont pas celles des quelques uns qui nous conduisent à la haine, être à nouveau l’autre et le même, fragile mais cherchant à être grand, regarder nos mains, elles ne sont pas vides même si nous sommes démuni.e.s, et se dire que dès demain, dès vendredi, on va recommencer à boire aux terrasses, on va recommencer à aller aux concerts, on va recommencer les nuits blanches et la drague, et se dire que dès aujourd’hui on va penser, on va lire, on va échanger, et surtout on va changer parce qu’il y en a des trucs à changer si on ne veut pas que « ça recommence », se dire aussi que nous sommes en vie et que cette guerre n’est pas la nôtre, la guerre, je la déserte, je ne veux pas d’une France se réveillant dans le rêve de Georges W. Bush, la littérature prend d’autres armes, et c’est celles-là qui nous réparent, et c’est celles-là qui nous rassemblent, et c’est celles là qui s’adressent à ce qu’il y a de plus grand et de plus bon en chacun de nous, et c’est celles-là qui nous préparent à cet étrange et difficile métier d’être homme, un métier qui serait s'exercer à un plus haut sens, un métier qui serait s’autoriser la confiance en l’autre comme en soi, un métier qui serait s’autoriser de grands rêves – se faire géant jusqu’au vertige –, un métier qui serait aller ensemble vers la confiance, un métier qui serait reprendre pied dans une vie qui a du sens, un métier qui serait renouer avec nos capacités d’action et de transformation, un métier qui serait en finir avec les décombres et la désolation, un métier qui serait en finir avec le nihilisme du capitalisme mondialisé et penser et sortir et rire et échanger : il y a tant à faire pour que demain ne soit pas le dernier. » Barbara Métais-Chastanier

Dossier n°7 : La distribution // Pratiques, pensées et politiques

altAu début des années 1980, une enquête menée auprès de metteurs en scène pose la question des modalités, concrètes et symboliques, de la distribution. Mise à part cette enquête, exclusivement ancrée dans le champ théâtral, aucune étude systématique n’a été consacrée à la distribution dans les arts de la scène, alors même que celle-ci engage et articule des questionnements décisifs, au croisement de l’artistique, du politique et de l’économique. L’apparente simplicité avec laquelle on définit la distribution – répartition entre les interprètes des rôles ou partitions d’une œuvre (théâtrale, chorégraphique, performative…) – ne doit en effet pas occulter les questions qui s’y embusquent et qui méritent d’être posées. En fonction de quels critères et de quels principes s’effectue cette opération de partage des rôles ? Quel en est l’agent responsable ? De quelle manière la distribution interagit-elle avec la création et/ou la réception d’une œuvre ? En quoi détermine-t-elle des rapports de force ou de dépendance, politiques, symboliques et économiques, opérant aussi bien au sein des équipes de création (entre l’interprète et le/la maître/sse d’œuvre, entre les interprètes eux/elles-mêmes) que vis-à-vis des contextes dans lesquels les œuvres s’inscrivent ? Opération à la fois discrète (puisqu’elle a lieu dans les amonts de la création) et manifeste (elle s’impose dans toute sa visibilité au public), la distribution est ce geste qui conditionne l’existence et détermine l’œuvre de part en part : ses processus de création, sa dramaturgie, son économie, son inscription dans l’espace social et dans le champ des imaginaires collectifs, qu’elle contribue tour à tour à conforter, subvertir, déconstruire voire enrichir. Loin de n’être qu’un geste circonscrit au champ artistique, la distribution s’articule en effet toujours à un principe ordonnateur (consensuel ou dissensuel, majoritaire ou minoritaire, théorique ou pragmatique) qui la déborde et qu’il importe de mettre au jour, car c’est à travers lui que s’actualise la dimension idéologique et donc politique de ces constructions symboliques que sont les œuvres.
En décidant de consacrer son dossier n°7 à la question de la distribution (que vous pouvez lire ici) , la revue Agôn a donc eu pour volonté d’attirer l’attention des chercheur.e.s et d’inviter les artistes à s’exprimer sur cet impensé des arts vivants, et pour ambition de tenter de circonscrire un champ dont l’acuité – et l’actualité – des problématiques qu’il soulève (qu’on pense, dernièrement, à Exhibit B de Brett Bailey ou à l’Othello blanc de Luc Bondy) n’ont finalement d’égal que la difficulté à les saisir dans leurs différentes dimensions et conséquences. Dans cette introduction, nous nous proposerons d’ouvrir à la complexité de questions qui ne manqueront pas de trouver des réponses (circonstanciées) et des prolongements (singuliers) dans la lecture des articles qui constituent ce dossier.

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Par-delà le mirage, ouvrir la scène aux migrants

 

« Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien »

Article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 


Il rayonne intact par-delà les mers, le mirage d'un Eldorado européen qui se fabrique dans les consciences de milliers d'hommes. Pas étonnant que l'image de l'Europe soit encore celle d'une terre bénie des dieux puisque le néo-colonialisme continue de transplanter les richesses naturelles, énergétiques, culturelles - ramenées à un exotisme rentable - du Sud au Nord, dans le secret de la corruption, sous-couvert de solidarité internationale ou de bonnes œuvres caritatives. Là-haut, on a le visage pâle et le ventre replet, là-haut, on travaille un mois et on nourrit toute sa famille pour l'année, là-bas, la corruption n'a pas encore pris racine autant qu'ici. Pas de coupures de courant - et dis, d'où leur vient l'énergie ? Des portables et des ordinateurs à gogo à l'ère du tout électronique - et dis, d'où vient la columbite-tantalite ? Une véritable mythologie fondée sur un écart de droits.

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Pour rejoindre le mirage, on s'embarque à dos de zodiac de fortune, à la coque tangente, à travers la Mare Nostrum qui est toujours aussi capricieuse depuis les Anciens. Et le printemps 2015 a été horriblement meurtrier : le 12 avril, 400 migrants ont disparu, 40 le 16 avril, 700 le 19 avril. Des chiffres qui s'accumulent, de quoi concurrencer la mémoire du naufrage de Lampedusa en octobre 2013 qui détenait jusque-là le record de l'horreur. Mais il ne suffit pas d'égrener une déploration lancinante du bulletin météorologique, de s'en laver les mains en tapant sur le dos des passeurs, d'agiter les chiffres avec une obscène compassion statistique, peut-être faudrait-il se dire que la fermeture des frontières n'y fera rien. Reconnaître, enfin, les responsabilités de l'Occident dans ces conflits, cette misère, cette absence de perspectives nationales qui conduisent au départ. Proposer une vraie politique migratoire qui dépasse la régulation restrictive des flux. Cesser les ponctions occidentales vers l'Afrique et l'hypocrisie des discours.

Si l'immigration est une question sociale majeure au sein du débat public - voire le fond de commerce de nombre de partis, Le Monde diplomatique rappelle à ce titre qu' "En France, où la part des étrangers ne dépasse pas 6 % de la population totale, le Front national (FN) joue sur la peur de l’invasion pour gagner du terrain dans les scrutins locaux ou nationaux" - elle n'est encore que peu saisie par les artistes et discutée sur scène. Sans doute parce que les enjeux esthétiques et politiques qu'elle convoque sont infiniment complexes.

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Nouveau fascisme et Pop Contestation

Cher Mickey, Voilà quelques jours que je tourne et retourne dans ma caboche d'ancienne lectrice du  Picsou Magazine, du  Mickey Parade  des années 80 et d'ex-intox au Mickey Club, toutes ces choses de l'enfance que j'aurais pu t'adresser à l'époque. Entre temps, les châteaux secrets, la barbe-à-papa et la pomme au caramel ont tourné. L'enfance a pris ses cliques et ses claques. Et elle a bien fait. Personne ne viendra la chercher au fond du jardin.
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Tu vois, je te tutoie d'emblée. Un peu comme un vieux pote de bac à sable qui aurait viré facho.
J'étais déjà trop grande quand Mulan a décidé de pointer son sabre et son nez hors de la cuisine pour profiter d'autre chose qu'une bouillie paternaliste, hétérosexiste, raciste et misogyne dont j'ai mis pas mal de temps à me dépêtrer.
En bref, tu me brises les ovaires Mickey. Ta gueule de premier de la classe pour cartoon sucrailleux, fourrant dans le gosier des gosses les présupposés de l'idéologie néo-libérale, fait que j'ai beaucoup de mal à m'adresser à toi autrement qu'en pensant devoir dialoguer avec une icône du consumérisme que j'aurais grand plaisir à désosser.
Mais ce n'est pas de cela dont je vais te parler Mickey. C’est que ta tête, en paillettes et clous brillants, je l'ai retrouvée brodée sur la culotte de Nuria Lloansi, dans la pièce qui porte ton nom, où Rodrigo Garcia te balançait ses cendres, bien avant que j'aie l'idée de t'expliquer à quel point tu mettais mes gonades en miettes.
Ceci dit, comme il l'a déjà fait en 2006. Les cendres ont eu le temps de refroidir.
Toi, tu n'as pas pris une ride. Le corps glorieux depuis 1930. Tout juste quelques rondeurs au niveau du caleçon.
J'hésite aussi à t'écrire parce que ce n'est que par accident que tu t'es retrouvé personnellement impliqué dans cette drôle d'affaire. Et qu'il aurait été plus juste d'écrire sur Eurodisney. Mais voilà, l'entreprise Disney s'est opposée à ce que Garcia mentionne explicitement le nom de sa marque : par un coup de force légal,   Et Balancez mes cendres sur Eurodisney  est devenu quelques jours après ses premières représentations en novembre 2006,  Et Balancez mes cendres sur Mickey  (Arrojad mis cenizas sobre Mickey). Dommage. L'idée de transformer les effrayantes utopies de l'entertainment en cimetière avait le mérite de la poésie. Mais grâce aux lois qui font l'horlogerie si savoureuse de notre belle planète te voilà toi, en lieu et place d'un parc d'attraction, accueillant des cendres comme d'autres reçoivent des outrages.
Aujourd'hui, la pièce est reprise ici et là : Montpellier (HumainTROPHumain), Aubervilliers (La Commune), Toulouse (Théâtre Garonne), Toulon (Théâtre Liberté), Madrid (Teatro Pradillo),   Et Balancez mes cendres sur Mickey  perdant au passage quelque quarante minutes. 
Étrange résurrection à laquelle tu es invité. 
C'est un peu tout cela qui me pousse à t'écrire : j'ai vu dans cette pièce et dans sa reprise un symptôme du système culturel puisqu’elle fonctionne comme un révélateur des fantasmes de subversion d'une partie de l'intelligentsia artistique. Mieux encore elle permet de mettre au jour les structures contradictoires qui organisent le jeu trouble de l'institution et de la critique propre à la logique culturelle du capitalisme tardif.
Tu penses bien, ça m'intrigue.

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