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Editorial

Nouveau fascisme et Pop Contestation


Cher Mickey, Voilà quelques jours que je tourne et retourne dans ma caboche d'ancienne lectrice du Picsou Magazine, du Mickey Parade des années 80 et d'ex-intox au Mickey Club, toutes ces choses de l'enfance que j'aurais pu t'adresser à l'époque. Entre temps, les châteaux secrets, la barbe-à-papa et la pomme au caramel ont tourné. L'enfance a pris ses cliques et ses claques. Et elle a bien fait. Personne ne viendra la chercher au fond du jardin.
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Tu vois, je te tutoie d'emblée. Un peu comme un vieux pote de bac à sable qui aurait viré facho.
J'étais déjà trop grande quand Mulan a décidé de pointer son sabre et son nez hors de la cuisine pour profiter d'autre chose qu'une bouillie paternaliste, hétérosexiste, raciste et misogyne dont j'ai mis pas mal de temps à me dépêtrer.
En bref, tu me brises les ovaires Mickey. Ta gueule de premier de la classe pour cartoon sucrailleux, fourrant dans le gosier des gosses les présupposés de l'idéologie néo-libérale, fait que j'ai beaucoup de mal à m'adresser à toi autrement qu'en pensant devoir dialoguer avec une icône du consumérisme que j'aurais grand plaisir à désosser.
Mais ce n'est pas de cela dont je vais te parler Mickey. C’est que ta tête, en paillettes et clous brillants, je l'ai retrouvée brodée sur la culotte de Nuria Lloansi, dans la pièce qui porte ton nom, où Rodrigo Garcia te balançait ses cendres, bien avant que j'aie l'idée de t'expliquer à quel point tu mettais mes gonades en miettes.
Ceci dit, comme il l'a déjà fait en 2006. Les cendres ont eu le temps de refroidir.
Toi, tu n'as pas pris une ride. Le corps glorieux depuis 1930. Tout juste quelques rondeurs au niveau du caleçon.
J'hésite aussi à t'écrire parce que ce n'est que par accident que tu t'es retrouvé personnellement impliqué dans cette drôle d'affaire. Et qu'il aurait été plus juste d'écrire sur Eurodisney. Mais voilà, l'entreprise Disney s'est opposée à ce que Garcia mentionne explicitement le nom de sa marque : par un coup de force légal, Et Balancez mes cendres sur Eurodisney est devenu quelques jours après ses premières représentations en novembre 2006, Et Balancez mes cendres sur Mickey (Arrojad mis cenizas sobre Mickey). Dommage. L'idée de transformer les effrayantes utopies de l'entertainment en cimetière avait le mérite de la poésie. Mais grâce aux lois qui font l'horlogerie si savoureuse de notre belle planète te voilà toi, en lieu et place d'un parc d'attraction, accueillant des cendres comme d'autres reçoivent des outrages.
Aujourd'hui, la pièce est reprise ici et là : Montpellier (HumainTROPHumain), Aubervilliers (La Commune), Toulouse (Théâtre Garonne), Toulon (Théâtre Liberté), Madrid (Teatro Pradillo), Et Balancez mes cendres sur Mickey perdant au passage quelque quarante minutes.
Étrange résurrection à laquelle tu es invité.
C'est un peu tout cela qui me pousse à t'écrire : j'ai vu dans cette pièce et dans sa reprise un symptôme du système culturel puisqu’elle fonctionne comme un révélateur des fantasmes de subversion d'une partie de l'intelligentsia artistique. Mieux encore elle permet de mettre au jour les structures contradictoires qui organisent le jeu trouble de l'institution et de la critique propre à la logique culturelle du capitalisme tardif.
Tu penses bien, ça m'intrigue.

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