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L'accident, au plus près : l'enquête

Mathurin Bolze

La disponibilité à l’accident

1 Question posée à la toute fin de la rencontre, « Dramaturgie et cirque » avec Mathurin Bolze, organisée par le laboratoire Jr Agôn le 8 octobre 2009.

2 Barbara Métais-Chastanier. Il y a des mots qui reviennent très souvent dans ce que tu dis : les mots de « fragilité », de « mise à l’épreuve par les faits », et « prise de risque »… J’ai l’impression que le mot qui revient derrière tout ça sans pour autant qu’il ait été prononcé c’est celui d’imprévu ou mieux d’accident.

3 Tu opposais tout à l’heure la pratique cinématographique du story-board, minutage méticuleux et précis, à ta pratique qui part justement de l’imprévu dans la rencontre d’une idée avec le concret de la pratique. Quelle est pour toi la place de l’accident aussi bien dans le temps de la création que dans celui de la représentation ?

4Mathurin Bolze. Comme tous, on aime voir surgir des accidents qui offrent ce à quoi on ne s’attendait pas. Quand je parlais tout à l’heure de posture de travail, je parlais d’un état de présence, d’un état de disponibilité du corps et du mental capable d’offrir le plus de possibles. Possibles qu’on va appeler accident quand ils surgissent de l’imprévu. Dans certaines postures, l’axe d’attaque glisse et nous emporte vers autre chose. On en est friand parce que ça ne ment pas. C’est advenu, ça surgit dans le travail indépendamment de toute préméditation. Cette pépite est là, reproductible ou non : on tente alors de l’intégrer à l’écriture si c’est un accident heureux ou au contraire on l’évite le plus possible s’il s’agit du rideau qui s’est arraché ou de la béquille qui se brise. La disponibilité, c’est cette posture de travail qui nous amène à nous offrir le plus possible à l’ici et maintenant.

5On peut aussi tenter de travailler sur des matières liées à l’accident en créant des faisceaux de circonstances qui génèrent de l’imprévu et de la fragilité avec par exemple des espaces d’objets instables : on se dédie alors à l’exploration de cet espace d’accident, en se disant qu’il y a du Keaton, du Chaplin ou du Tati là dedans. Ou alors du Camille Boitel pour penser à quelqu’un qui nous est plus contemporain.

6Julie Grange. Et les artistes de cirque jouent aussi sur ce flou autour d’un accident voulu ou évité. Le spectacle Miettes de Rémy Luchez1 te met, par exemple, en grande difficulté en tant que spectateur : tu ne sais pas si ce que tu vois c’est un jeu avec l’accident ou un accident réel. Il n’y a que les artistes de cirque qui sont capables de jouer cette indétermination au premier et au second degré. Parce que, de fait, c’est aussi une façon d’intégrer des accidents qui ne manquent pas d’arriver réellement dans le cirque. C’est un jeu et une parade – qui part d’une réalité, comme la chute de la balle ou de l’objet.

7Mathurin Bolze. C’est une chose valable également en musique : Miles Davis dit « si tu fais une fausse note – rejoue-là et ce n’en est plus une… ». Mais l’accident, c’est aussi une musique qui part trop tôt ou qui ne part pas, et alors il n’est pas nécessairement visible ou même joué.

8Colin Diederichs. De toute façon, l’accident physique, c’est le quotidien des acrobates. Dans le cirque des Désaccordés, c’est un risque qui était pris en compte par la mise en place de fins alternatives – un signal sonore permettait aux artistes de passer à une autre fin en fonction des accidents et des blessures qui avaient pu survenir pendant le spectacle. Il y avait des points de faiblesse à partir desquels on pensait à de nouveaux scénarios.

9 Mathurin Bolze  :

10Mathurin Bolze s’initie au spectacle avec le metteur en scène Jean-Paul Delore (4 créations) puis effectue un stage chez Archaos (Tournée métal Clown) avant d’intégrer le Centre National des Arts du cirque. A sa sortie, il rejoint le collectif de cirque Anomalie au cours de la tournée du Cri du Caméléon du chorégraphe Joseph Nadj. Il est dès lors partie prenante des créations collectives de la compagnie telles que 33 Tours de piste-concert cirque et Et après on verra bien… . Suite à leur rencontre à l’occasion du spectacle de promotion du CNAC Sur un air de Malbrough, il retrouve François Verret pour la création de Kaspar Konzert puis, pour Chantier Musil. Conjointement, il participe aux travaux de recherche chorégraphique en apesanteur menés par Kitsou Dubois. En 2001, il est co-fondateur de la compagnie Les Mains les Pieds et la Tête Aussi en tant que directeur artistique, au sein de laquelle il crée le solo Fenêtres en 2002. Ce spectacle a tourné en France et à l’étranger. En décembre 2005, il crée TANGENTES aux Nouvelles Subsistances à Lyon, à l’issue d’une résidence de 2 ans. Et au mois de juillet 2006, il joue Sans Retour, chorégraphié par François Verret, au festival d’Avignon. En décembre 2007, il crée une pièce courte intitulée Ali avec Hedi Thabet. Egalement, il est regard extérieur des projets du circassien Xavier Kim intitulés #.0 et 100% croissance portés par la Cie Akys Projecte et de la création Singularités ordinaires proposée par le Collectif GdRA et plus dernièrement d'une collaboration entre le jongleur Jérôme Thomas et le musicien Roland Auzet.

11 Julie Grange  :

12Co-fondatrice de la Compagnie les Mains, les Pieds et la Tête Aussi, elle s'emploie à concrétiser les projets et les partenariats de l'association, implantée à Lyon, en Rhône Alpes depuis l'année 2001. Entre 2001 et 2008, elle contribue également aux projets théâtraux et méditerranéens de l'association Gertrude Productions, au spectacle-performance BAR-Q-UES proposé par l'association La Cinémécanique  puis à la diffusion du spectacle LAISSEZ PORTER proposé par la compagnie XY.

13 Colin Diederichs  :

14 Il fut pendant 6 ans l'administrateur de production du Cirque Désaccordé accompagnant leur implantation à Gap en partenariat avec la scène nationale La Passerelle puis, leur implantation à Aix-en-Provence, en partenariat avec le CECDC. Il porta les projets de création, de diffusion en France et à l'international et les actions culturelles de ce Collectif d'artistes de cirque itinérant sous chapiteau (spectacles Après la pluie..., PMP - Petites Mythologies Populaires ). Fort de cette expérience, il  rejoint aujourd'hui la compagnie les Mains les Pieds et la Tête Aussi pour participer à son actuel développement.

Notes

1  Spectacle présenté entre autre dans le cadre de la soirée Mathurin Bolze et ses invités au Toboggan les 7, 8 et 9 octobre 2009.

Pour citer ce document

Mathurin Bolze, «La disponibilité à l’accident», Agôn [En ligne], Dossiers, (2009) N°2 : L'accident, L'accident, au plus près : l'enquête, mis à jour le : 02/07/2010, URL : http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=1188.