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Points de vue

Sylvie Roques

Le théâtre des écrans ou la scène des flux : le cas de Lucille Calmel

1 Les technologies actuelles ont permis de renouveler en profondeur les formes d’écritures scéniques et d’inventer des expérimentations spectaculaires. Elles sont venues enrichir les pratiques et les esthétiques en apportant de nouvelles dynamiques et, en devenant sources d’inspiration et de partage. L’utilisation de ces médiums récents a généré nombre de questionnements, mettant en avant la sphère du privé. A l’heure des blogs,  et de Twitter, de l’usage de My Space ou de Facebook que se sont appropriés les artistes, la période est à l’intime surexposé. Le moi devient plus que jamais spectacle.  Ces interrogations liées aux nouvelles technologies n’épargnent pas le théâtre. Images et mots s’échangent sous une forme inédite, souvent portés par un écran venu se substituer à la scène. Cette incursion du Web dans le monde du théâtre est alors source de nombreux paradoxes, faisant émerger une forme d’« intermédialité différentielle » 1 . Le premier paradoxe tient à la nature même du phénomène : le croisement de plusieurs spectacles. L’écran peut voisiner avec la scène tout en important des présences étrangères, aux contenus les plus variés. Cette confrontation entre performer et écran joue sur les distorsions et concourt à une fragmentation. Le deuxième paradoxe tient à ce que ce croisement peut rendre compte d’échanges effectués hors la scène, impressions subjectives, avis intimes, manifestations privées semblables à ceux circulant aujourd’hui sur les blogs. Le tout venant se mêler aux propos de la scène elle-même. De tels procédés favorisent de plus en plus une présence systématique de l’écran au point que Joseph Danan a pu dire du théâtre : « Tout est devenu écran »2.

2Une artiste singulière comme Lucille Calmel se prête plus particulièrement à ces pratiques, utilisant à la fois les blogs3, les liens html et les tags pour créer une sorte de langage codé. Plusieurs de ses spectacles poussent à l’extrême cette volonté toute particulière de sur-exposer l’intime, en se cognant « …aux volutes de la chair et du virtuel »4 et en inventant son propre glossaire. Non seulement les échanges très personnels issus des blogs s’installent dans le spectacle, mais aussi s’y installent des informations que des capteurs saisissent sur l’organique même de la performeuse. Plusieurs « moi » se projettent sur la scène de l’organique au psychique. Jamais la tentative de projeter l’intime durant le spectacle et d’en multiplier les facettes n’avait atteint cette intensité.  S’y ajoute la volonté toute singulière d’utiliser son corps « comme filtre vecteur »5.

3Il s’agira dans cet article d’explorer l’originalité radicale de ces nouvelles formes d’écriture scénique et le bouleversement qu’elles apportent dans la relation entre le performeur et les spectateurs.

De l’espace de vie au spectacle

4Se définissant d’emblée comme metteur en scène, écrivain et performeuse, ayant expérimenté à cet effet un vaste ensemblede pratiques contemporaines depuis le Body Art  jusqu’aux musiques industrielles, Lucille Calmel6 poursuit inlassablement son exploration artistique depuis 1990 et ouvre un questionnement saisissant dans un de ses plus récents spectacles. Ainsi dans Jetedemandedemedemander.fr 7, c’est l’exploration d’un nouveau versant de sa pratique qui nous est donné à voir, mêlant écriture, corps et multimédias.  Une nouvelle forme de théâtre performatif s’en dégage et ouvre notre réflexion.

Le dispositif

5Il faut d’abord en souligner le contexte particulier. Cette performance a lieu dans une salle aménagée du Théâtre Paris-Villette. Ce lieu s’inscrit dans un projet artistique plus vaste, initié depuis septembre 2008, qui s’intitule « x-réseau » et promeut une scène artistique et technologique dédiée aux arts vivants en réseau, une scène où les artistes en résidence  peuvent proposer des Work in Progress.

6Premier changement notable vis-à-vis de ses précédentes propositions :  c’est le plateau circonscrit d’un théâtre d’essai qui est investi à la différence des lieux alternatifs précédemment utilisés. La scène est d’abord « habitée » par Lucille Calmel comme un lieu où elle passe tout son temps en dehors des quelques représentations : mangeant, dormant, travaillant devant son écran. Ce qui constitue un deuxième changement. Il s’agit, autrement dit, de vivre l’essentiel de ses journées et de ses nuits pendant trois semaines sur ce plateau. Les spectateurs deviennent ceux qui, à certains moments, entrent ainsi dans un monde déjà habité. Un troisième changement est repérable puisque pendant toute cette période la performeuse est en contact permanent avec différents réseaux sociaux grâce à son ordinateur. Pour l’artiste, il s’agit alors de «... se mettre en vue.. » et « ..exposer en chair et en scène le quotidien du performer en ligne pendant des heures passées jours nuits à naviguer et être en relation devant un écran. »8.

7Le temps et l’espace y sont donc particuliers. Le but est bien de faire de la scène un lieu-carrefour. De multiples références sous-tendent cet entremêlement apparent. La relation entre l’art et la vie y est centrale. Postulat naguère affirmé par l’avant-garde américaine : l’art serait conçu comme une action dans la vie9, son prolongement. Même rapprochement pour Lucille Calmel : il s’agit déjà de vivre l’essentiel de ses journées et de ses nuits pendant trois semaines sur ce plateau. En ce sens, c’est vouloir faire de la scène un lieu-carrefour où l’on peut à la fois vivre et performer. Mettant en œuvre un « art-action »10 qui tenterait -comme naguère les happenings- d’arracher le langage à ses supports conventionnels, brisant les frontières entre les genres artistiques, l’intervention de Lucille Calmel peut surprendre.  Dans cette perspective, la scène investie devient croisement de pratiques et d’espaces. Ou plutôt, croisement de deux scènes : celle d’un espace public, semblable à celui du théâtre, et celle d’internet limité à l’écran. Croisement et déplacements d’un lieu à l’autre.

8Il faut insister sur le fait que les catégories théâtrales habituellement convoquées y sont insensiblement subverties par l’artiste. Ici nulle construction d’une quelconque narration, pas la moindre fable. Tout tient aux moments successifs d’une existence que la scène viendra quelquefois capter. Dans le même sens, nulle trace de personnage. La performeuse demeure  seule en scène. Elle s’avoue d’ailleurs quelquefois nue dans divers de ses « instants de vie ». Cette perpétuelle exposition allant même jusqu’à l’exténuation de la performeuse, la laissant « exsangue »11.

La présence des internautes

9Durant les moments où les spectateurs sont absents ce sont les internautes qui sont présents et participent à des rendez-vous en ligne12. La performeuse est ainsi en relation continuelle avec eux. Ils sont par ailleurs censés pouvoir lui demander ce qu’ils désirent. D’où le titre de la performance : jetedemandedemedemander.fr.

10D’emblée d’inévitables attentes surgissent dans cet « avant spectacle » : curiosité sur les secrets du corps, attention à l’intime, interminable « suspense » sur le dévoilement d’un « caché ». Il y a même une part de subversion ou de provocation dans cette proposition. Le sexuel y est inévitablement convoqué. Ce qui peut fasciner l’internaute devenu apparemment « maître » de la performeuse. Questions tacites mais présentes : Et si pouvait être commandé l’ « impossible » ? Et si pouvaient être réalisés des fantasmes secrets ? La réalité, en revanche, s’avère très vitetoute autre. Le véritable art de Lucille Calmel consiste à renverser la situation  et à déplacer la demande : il s’agit de faire parler les internautes d’eux-mêmes. Ce qui concrétise l’expérience d’un croisement possible des « moi ». Ce qui permet surtout d’accumuler des matériaux susceptibles ensuite d’être repris sur la scène et « représentés ». Une manière d’intensifier des sujets.

La performance

11La présentation devant les spectateurs consistera précisément à mêler de multiples présences, tout en retravaillant les messages des internautes. Les conversations-relations deviennent de nouveaux matériaux : objets de réminiscence comme objets de communication avec le public.

12La performeuse joue surtout avec son micro-ordinateur devenu partenaire quasi physique. Elle le transforme en personne, multipliant caresses et rapprochements. Ce qui fait, apparemment, du « secret » maintenu ou soupçonné dans le numérique une chair incarnée. Le portable MAC, marqué au jet de peinture rouge vif, disposé sur une table basse à l’avant-scène, est au cœur du dispositif. Il est même censé rendre la présence de la performeuse encore plus tangible. Celle-ci « écrit » durant la scène sur l’écran, composant collages et figures. L’écran lui-même se subdivise en trois parties qui sont systématiquement projetées durant le spectacle sur un mur. À gauche de l’écran, on visualise en direct la performance de Lucille Calmel composant  ses « collages », au centre un plan large est fait sur la « scène chambre », à droite une Webcam est fixée sur la performeuse. Écran multiplié, où Lucille Calmel elle-même se multiplie.

13C’est aussi la technique du numérique qui, aux yeux du spectateur, se fait omniprésente, comme si elle était en mesure de dévoiler du caché. L’aménagement de la salle du théâtre Paris-Villette, enfin, concourt à renforcer l’impression d’envahissement de la scène par l’univers technologique. Ainsi, le déclenchement des lumières comme le réglage du son, sont contrôlés à l’aide d’un système de capteurs et régulateurs commandés à partir de l’ordinateur de Lucille Calmel. La performeuse « fait » la lumière et le son. S’ajoutent encore sur la scène deux autres écrans : l’un projeté au-dessus du lit et l’autre permettant de capter tous les mouvements de l’artiste.

14L’utilisation d’un second ordinateur sur scène renforce encore la complexité du dispositif et la volonté de représenter un sujet dans toute son « épaisseur ». L’écran, ici, répercute les courbes enregistrées par un capteur organique et particulier : celles du volume respiratoire de la performeuselivrées ainsi à la vue des spectateurs selon une série de courbes et de sons13. La profondeur de l’organique fait surface pour être vue ou écoutée. En ce sens, tout concourt à créer un environnement hyper-personnalisé : mettre en scène la présence de l’artiste, comme démultipliée, sur-saturant l’espace de sa présence sous les angles les plus différents. Y sont scrutés tous ses gestes depuis le signe le plus organique jusqu’au geste de création toute personnelle, celle en train de s’accomplir. La nouveauté est bien de faire exister le corps de la performeuse sur un mode aussi total que particulier : multiplier le flux informatif « organique », le capter, le« traiter », le visualiser, comme si sa présence tangible devait permettre d’atteindre quelque réalité enfouie au plus profond du corps. Après l’intimité psychologique depuis longtemps abordée, tout comme l’intimité érotique, une intimité plus inédite est ainsi explorée : celle venant du cœur des organes et de la singularité biologique de chacun14 . L’écran intensifie encore cette dynamique projetant au plus visible ce qui vient de l’intériorité obscure du corps.

L’enjeu du spectacle

15Aucun doute, la performeuse multiplie les modes de scruter et d’exposer le moi. Elle le fait d’une manière originale et confirme l’importance dominante de ce type de spectacle dans les sociétés individualistes, celles là mêmes qui sont les nôtres. On sait, en effet,  que la relation à l’identité, sa manifestation son support ont profondément changé dans nos sociétés occidentales : « Plus que jamais, cette identité se réduit aujourd’hui à l’individu lui-même, à sa présence immédiate, à son corps »15 d’où l’enjeu de montrer porté au plus loin.  Le projet de Lucille Calmel est cependant plus complexe et plus étendu.

L’écriture vivante

16La réflexion entamée par Lucille Calmel depuis plusieurs années porte sur les écritures vivantes. Elle les décline à travers chacune de ses interventions : lectures-performances, laboratoires, Work in Progress et spectacles plus aboutis. Ainsi Jetedemandedemedemander.fr devient un nouveau défi, une invention supplémentaire.  La performeuse nous y propose une nouvelle conception de l’écriture : celle-ci devient matière première, effet visible et vivant puisqu’étant expression « directe » et immédiate. Lucille Calmel sonde en ce sens toutes les matérialités de l’écrit, traduit lui-même sur une diversité de supports. Ses sources évoquées sont multiples. Il s’agit de faire exister sous nos yeux le flux immatériel du Web représenté par l’utilisation de blogs, de captures d’écrans, de projection de conversations, de rencontres avec des avatars ou des internautes. Lucille Calmel précise : « Pour jtddmd, c’est à fois devenir le flux, retracer le flux de celles ceux qui le font, (...) le  condenser  (pour un autre public, guère susceptible de passer des jours du lever au coucher en ligne) »16

17 S’y ajoute également l’idée de coller des images et de les mêler à l’écriture, de constituer un langage singulier avec ces images. C’est suggérer aussi les résonances pouvant exister, vouloir montrer qu’entre «..le mot la couleur la lumière le code le programme la trame l’espace est parfois ténu. »17. Un peu comme si devait exister un passage immédiat de l’organique au signe : celui des flux corporels aux flux d’images et de mots. Ce qui donne sens aux dynamiques plurielles de l’expérience : faire du corps un lieu d’où émane la singularité d’un sujet, mais aussi les signes devenus aujourd’hui centraux, l’écriture numérique, sa mise en visibilité.

Images et sons comme « projections »

18C’est une œuvre visuelle, sonore presque « plastique » aussi, qui en résulte, polymorphe, chatoyante et colorée restituant au plus près les zones de l’intime, « des zones de partage au-delà du spectaculaire et de la performance»18. Les connexions sont nombreuses et le jeu infini avec la variabilité des niveaux. En surgissent des mots, des jeux graphiques avec ces mots, des images de courbes et de figures. Fragments, collages, fuites. L’artiste explore alors toutes les dimensions performatives qui s’en dégagent en utilisant tout autant les sonorités,  les textualités et les corporalités.  Les collages et compositions que Lucille Calmel tire de ce kaléidoscope sont projetés sur les murs, «(...) sur son propre corps et multiplient les interférences imaginaires »19.  C’est une « websculpture »20 qui en jaillit, mouvante et infinie. Le graphisme utilisé et les répétitions tant au niveau des mots que des images donnent un rythme à l’ensemble. Le discours se fabrique pas à pas, s’enracine dans ce flux du net. Rythme de la composition accru par le propre rythme de la performeuse. Usant de son clavier dont le son est amplifié, elle accompagne la fabrication du collage, la mise en forme de pages graphiques de soupirs, de murmures à voix basse, ce qui aiguise la complicité du spectateur et le sentiment, chez lui, de partager de l’intime. Elle disloque également le son, celui de ses propres paroles « en grattant le micro incorporé dans son ordinateur »21.

La mise en corps

19Plusieurs corps sont en présence dans ce spectacle. Celui de l’artiste, celui des spectateurs et ce corps sans organe projeté sur l’écran. Tous n’existent pas sur le même registre, mais tous sont mêlés, comme si pouvait advenir une co-présence plus ou moins confusionnelle. Ainsi aux fluctuations du thorax projetées sur l’écran des ordinateurs, s’ajoute un grand nombre de signes corporels. En plus des soupirs et du travail fait sur la voix, l’étrangeté de la présence de l’artiste est soulignée à maintes reprises. Débutant le spectacle  totalement nue, Lucille Calmel se rhabille progressivement pendant la performance. Pourtant cette nudité interpelle le spectateur. L’artiste s’allonge sur le lit, comme chez elle et écrit, compose ses tableaux visuels. De même, le contact à l’objet micro-ordinateur peut recourir à une certaine connotation érotique : on peut y voir « des caresses, des étreintes »22, soulignant une symbiose à l’objet.

20Plusieurs perceptions de l’intime coexistent : celle convoquée dans les conversations échangées par Lucille Calmel sur le web, ensuite la « vie » intime montrée sur scène jusqu’à la nudité. S’y ajoute, de surcroît, le jeu des fausses questions-réponses sur l’intime avec les internautes, le jeu des projections transposant l’organique, sur le mode numérique, à la vue de tous, et enfin le jeu érotique avec le numérique, l’ordinateur devenu objet fétiche et érotisé.

Quelques prolongements

21Après ce spectacle expérimental proposé en 2008 au Théâtre Paris-La Villette, Lucille Calmel poursuit sa recherche incessante d’écritures vivantes à travers d’autres propositions.

22C’est le cas de Body writing (I) performance audiovisuelle de Lucille Calmel et Philippe Boisnard, proposée dans le cadre du Mapping festival à Genève le 8 mai 2010.  Cette performance s’inscrit ici dans un contexte particulier, celui de l’hybridisation des pratiques parmi lesquelles figure celle du Vjing, branche de l’art vidéo, croisant, au même instant, plusieurs médias23. Les créations  sonores et visuelles qui en résultent sont perçues comme autant d’espaces immersifs. Le but : croiser, au plus profond, informatique et corps, faire du flux informatique un flux corporel et vice versa.Cette performance doit être conçue comme simple expérimentation selon l’artiste24, mettant en œuvre notamment un bras artificiel.

23En effet, technologie de pointe, la prothèse, nommée «Interactive Hand-Hacking », est placée sur la main droite de la performeuse. Sur les doigts et le pouce sont placés des anneaux, conçus comme « contacts ». Au final, la main de Lucille Calmel, harnachée de fils, anime l’écran de mille mémoires. Il s’agit en réalité d’une interface mobilisant le logiciel ODC ou « Open Data Chat »25. Selon son concepteur, le logiciel permet de manipuler sur l’écran toutes les données sonores et textuelles grâce à de simples mouvements de bras ou de main, sans avoir le moindre recours à la souris. On interagit ainsi sur l’écran à distance, ce qui laisse à la performeuse une plus grande amplitude de mouvements. Liberté de gestes renforcée également avec l’utilisation d’un clavier Bluetooth qui laisse la performeuse évoluer sans entrave sur le plateau.

24L’ensemble est éphémère et difficilement descriptible car la performance dure une vingtaine de minutes. La poursuite d’une mise en matérialité des flux de signes n’en est pas moins sensible. D’autant que simultanément, Philippe Boisnard écrit en direct sur le corps de la performeuse allongée par instants sur le sol. Les mots projetés sur le sol la traversent.  De même, peuvent apparaître sur l’écran frontal des groupes de mots, des bouts de phrases en anglais et en français: « écoute tu sens » « this is a song ». À ce jeu avec les mots s’ajoute un jeu sur le graphisme : les lettres se dédoublent, changent de taille, de couleurs, se superposent, traversent l’écran et s’envolent. L’univers poétique mis en scène fait songer à un univers à la Matrix.

25S’appuyant sur toutes ces nouvelles technologies, la création est à l’œuvre et tend même à s’incarner sous la forme de plusieurs pré-projets qui coexistent simultanément. Pour l’un d’eux, l’expérimentation prend place dans un projet plus vaste programmé à la Villette. La création finale comme l’explicite Agnès de Cayeux (2010) dans sa présentation se

26 ..voudrait fantasme du corps écrivant, totalement écrivant, l’enlever au clavier-portable, trouver la verticale, déporter le clavier à la chair, toucher être touchée.. le but étant de créer l’image d’un corps totalement équipé pour écrire dans l’espace physique et relationnel, en chair et en ligne.. 26.

27Ce corps de Lucille Calmel conçu comme un lieu de mémoire est alors équipé, d’un bras artificiel dont elle expérimente la manipulation au cours des plus récentes performances et résidences.  L’objectif ultime ne sera pas tant d’écrire que de se réapproprier les archives constituées de ses performances en ligne et en scène depuis 1997 et de réaliser un travail de mémoire et de sédimentation.

28Écrans, messages informatiques et corps interface sont bien devenus ici outils majeurs du performer. Ils sont aussi outils majeurs d’un univers intime. Ils sont surtout projetés comme un flux de signes de tous ordres, flux corporel également, jouant avec le dedans et le dehors pour mieux matérialiser l’intime, bien loin d’être, comme dans la représentation théâtrale, objets de drames ou de récits.

Bibliographie

Bibliographie

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Notes

1 Il faut l’entendre au sens que développe LESAGE, Marie-Christine, «  Théâtre et intermédialité : des œuvres scéniques protéiformes»,Communications , septembre 2008, n°83, p. 146.  

2 DANAN, Joseph, « L’œuvre-absente.monde-sonde01#10 », in Les Sondes de la Chartreuse, [en ligne]. URL :<http://sondes.chartreuse.org/document> [site consulté le 01/10/2009]

3 tels les blogs compost_23  avec pour URL : <!http://nuls.20six.fr/nuls/art/1245415/COMPOST-23-LE-BLOG-DE-MORT-QUI-FAIT-POUSSER-LA-VIE> [site consulté le 16/09/ 2010] ou cu_cu_clan qui a pour URL :http://www.myrtilles.org/lu/depuis%20compost_23%20cu_cu_clan%20___/we_love_/we_love_.html [site consulté le 16/09/2010]

4 BOTELLA, Sylvia, «  Lucille Calmel [Mise en scène] », Dossier de présentation de l’artiste non publié, 2010, p. 7.

5 CALMEL, Lucille, Mail du 16 septembre 2010, non publié.

6 Site internet : CALMEL, Lucille, Myrtilles.org, [en ligne]. URL : http://www.myrtilles.org [site consulté le 01/06/2010]

7 Résidence de création scène/internet depuis 2008, en chair et en ligne (x-réseau Paris-Villette, scénographie pour Transnumériques#3 par Simon Siegmann à La Bellone Bruxelles, CNES la Chartreuse de Villeneuve les-Avignon...

8 CALMEL, Lucille, Ibidem.

9 GOLDBERG, Roselee, La performance du futurisme à nos jours, Paris, Thames & Hudson,1998, p. 126.

10 LEBEL, Jean-Jacques et LABELLE-ROJOUX, Arnaud, Poésie directe, happenings interventions, Opus International Edition, Paris, 1994, p. 13.

11 CALMEL, Lucille, Ibidem.

12 Les rendez-vous en ligne ont eu lieu du 12 au 24 décembre 2008 de façon continu. Les rendez-vous en chair au Paris Villette ont eu lieu  les jeudi 4, 11, 18 décembre 2008 à 21 heure

13 Ont été utilisés à cet effet des capteurs de distance et de respiration qui communiquent par protocole« OSC avec pure data et flash » pour commander les lumières de la scène et afficher la courbe de respiration en temps réel sur le site internet

14 Se saisissant ainsi de l’organicité elle se situe dans la filiation d’artistes comme  Rebecca Horn, Sterlac, Orlan et plus récemment Yann Marussich.

15 ROQUES, Sylvie et VIGARELLO, Georges, « Enjeux et limites des performances »,Communications , septembre 2008, n°83, p. 176.

16 CALMEL, Lucille, Ibidem.

17 CALMEL, Lucille, Ibidem.

18 BOUCHEZ, Emmanuelle, «  Rencontre avec l’artiste Lucille Calmel », in Télérama, [en ligne]. URL : <http://www.telerama.fr/scenes/rencontre-avec-lucille-calmel-artiste-performeuse-en-ligne,36965.php> [Site consulté le 01/10/2009].

19 MAYEN, Gérard, « Connecter Lucille Calmel », Mouvement, 2009, n°50.

20 ROUSSEL, Frédérique, « Le petit théâtre virtuel de Lucille Calmel », Libération 18/12/2008.

21  THOMAS, Cyril, «  Lucille Calmel, les liens du flux », in Poptronics, [en ligne]. URL : <. http://www.poptronics.fr/lucille-Calmel-les-liens-du-flux[Site consulté le 01/10/2009].

22 MAYEN, Gérard, « Connecter Lucille Calmel », art.cit., p. 6.

23 il faut entendre Vjing comme une performance audiovisuelle en situation live qui s’appuie sur la manipulation de plusieurs médias mêlant images et sons,captures d’écrans et de vidéos.

24 Elle s’inscrit dans un projet de création autour de l’adaptation du roman Au bord du gouffre de David Wojnarowiczde  qui sera créée aux Tanneurs en mars 2011.

25 Logiciel Open Data Chat crée par Philippe Boisnard en 2010

26 CAYEUX de, Agnès, « Création de Lucille Calmel-module 1 » brochure de présentation, juin 2010. non publiée  

Pour citer ce document

Sylvie Roques, «Le théâtre des écrans ou la scène des flux : le cas de Lucille Calmel», Agôn [En ligne], Points de vue, mis à jour le : 19/10/2010, URL : http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=1224.