Oedipe au Théâtre de la Tempête
Note d'intention de Philippe Adrien
Nous commencerons par l’arrivée à Colone d’Œdipe, aveugle, guidé par Antigone… La représentation sera visiblement affectée par la perception supposée du personnage : un contenant noir où flotte, plus ou moins évanescente, une petite image de campagne méditerranéenne : un ciel bleu, des oliviers… et en même temps, des visages dans la nuit… On s’en souvient, pressé de questions, Œdipe finit par révéler son identité à ses interlocuteurs méfiants. Mais ça ne leur suffit pas, ils veulent en savoir plus… Que s’est-il passé ? Cette histoire d’inceste et de parricide, c’était quoi exactement ? Il leur faut des détails… Œdipe a beau se défendre comme un diable, ils le poussent à bout jusqu’à susciter dans son esprit, je dirais, le retour traumatique de toute son histoire…
Ainsi, au milieu d’Œdipe à Colone nous basculerons dans Œdipe Roi sur le mode d’un flash-back. Dans le contenant noir de la première partie, un trou, sorte de castelet où se dérouleront les événements : la peste à Thèbes, la malédiction et ce qui s’ensuit lorsqu’Œdipe prend la décision d’enquêter sur la mort de Laïos… Œdipe, devenu aveugle, se souvient du temps où il voyait. Dans le noir, les couleurs reviennent, vives et dérangeantes… Dans sa mémoire, le caractère inéluctable de ce qui est advenu se trouve à la fois précipité et accentué jusqu’au déchirement final, le suicide de Jocaste et l’automutilation du héros. Dans ce deuxième temps, la mise en scène procèdera par détails et éclats : la partie plutôt que le tout, comme le fait précisément la mémoire.
Enfin, retour à Colone où les dieux ont fixé le terme du destin d’Œdipe. A nouveau, le jeu de l’ombre et de la lumière, une lumière telle qu’elle nous permette d’évoquer la dimension sacrée suscitée expressément par Sophocle au moment où l’histoire du malheureux Œdipe s’achève.
Philippe Adrien.