Aller à la navigation  |  Aller au contenu

Saison 2010-2011

David Larre

Cyrano de Bergerac

Texte d’Edmond Rostand, mise en scène de Gilles Bouillon

1 Création au Nouvel Olympia de Tours, en tournée en France de janvier à mai 2011

2À chaque Cyrano son défi d’acteur. Christophe Brault le relève d’une manière élégante dans une mise en scène de Gilles Bouillon qui, choisissant une « forme concertante », travaille avec efficacité le contrepoint du chœur - un travail de troupe compact et délié - et du protagoniste - les grandes scènes s’enchaînent comme des soli brillants de nuances. La forme musicale se coulant dans le théâtre de tréteau, l’opéra devenant parole, le spectacle apparaît comme une célébration heureuse, mais parfois un peu sage, du pouvoir populaire de l’œuvre d’Edmond Rostand.

Image non disponible

Crédit : Francois Berthon

3Les scènes d’exposition conçues par l’écrivain jouent sur une double attente que la mise en scène déploie avec une belle précision technique :  tout en installant à vue la salle de l’hôtel de Bourgogne dans la tradition du Théâtre du Soleil, les comédiens incarnent alternativement les diverses conditions (bourgeois, nobles ou laquais) réunies autour du spectacle La Clorise, bientôt servie avec force manières ampoulées par le comédien Champfleury, interprété par Léon Napias, très drôle en José Garcia à collerette. En miroir, le public attend son Cyrano de comédien, annoncé assez vite par le pâtissier-poète Raguenau (solide Wavier Guittau), et, passant en revue toutes les images d’Epinal qu’il en a, le nez démesuré, la faconde provocatrice, l’audace du matamore, se prépare à une apparition. Annoncé par des invectives tonitruantes contre Champfleury, venu de derrière le public, Christophe Brault s’avance, présence juste et forte, qui refuse d’emblée toute forme de démonstration gouailleuse et physique : tout Cyrano, mais rien que le personnage Cyrano, il est vrai suffisamment complexe.

4Celui qui dévoilant son épitaphe précise qu’il aura été « tout » (un lettré, un homme d’armes, un physicien, un rêveur), et « rien » (un homme réduit à néant par la somme de ses échecs) se donne d’emblée comme une montagne à gravir ; entre ce plein baroque et ce vide tragique, la lecture avisée de Gilles Bouillon choisit le meilleur et le plus ambivalent trait distinctif du personnage, la théâtralité, marque d’un homme illustre qui n’assumant aucune vulnérabilité et tirant parti de son fameux nez-prétexte pour se condamner au malheur, choisit la maîtrise orchestrée, la mise en scène de soi, dans la gloire littéraire ou le fait d’armes, comme moyen de se hisser au-dessus de sa condition et de mettre tout à distance, y compris l’amour. C’est dans cette lecture particulièrement judicieuse et psychologiquement universelle (de quoi vit-on –mal d’ailleurs- et meurt-on ? De sa volonté propre), que puise l’essentiel des scènes les plus émouvantes : Cyrano encourage par la parole et le geste la tirade amoureuse de Christian, puis devant la piètre représentation de son comédien, reprend un instant, masqué par la nuit, le rôle ; Cyrano, à l’heure de sa mort, lâche la main de ceux qui l’accompagnent, pour mettre sabre au clair et l’affronter avec panache. À jamais libertin et railleur, il est terrassé par une volonté d’indépendance que Christophe Brault, aussi fin dans la verve picaresque que dans l’affaiblissement soudain, traduit avec grâce.

5La solide distribution qui entoure Christophe Brault et la clarté de la direction d’acteurs expliquent la pleine réussite des grandes scènes mémorables de la pièce : Emmanuelle Wion donne à Roxane une belle fermeté (de maintien, de diction) qui nuance le portrait de la précieuse volatile, Philippe Lebas (de Guiche) et Thibaut Corrion (Christian) servent au mieux leurs rôles un peu ingrats. Ce n’est que dans les moments qu’on peut juger plus faibles de la pièce (le siège d’Arras, notamment) que la mise en scène marque ses limites, un chœur trop uniforme, une trop grande mesure donnée à Cyrano, là où le baroque aurait pu exulter et l’emporter avant d’être rompu, comme il l’est ici, par l’exquise beauté janséniste du dernier acte.

6 Dates et lieux de tournée :

7Du 8 au 27 octobre : Nouvel Olympia / Tours

8Du 9 nov. au 12 décembre : Théâtre de La Tempête

914 décembre : Théâtre André Malraux / Rueil-Malmaison

1016 et 17 décembre : Théâtre de l’Agora/ SN d'Evry et de l’Essonne

11Du 7 au 10 janvier 2011 : Odyssud Spectacles / Blagnac

1213, 14 et 15 janvier : ABC- Théâtre des Feuillants / Dijon

13Du 18 au 20 janvier : Théâtre Auditorium SN / Bourges

1422 janvier : Centre Culturel des Portes de l'Essonne / Juvisy S/Orge

1525 janvier : Centre culturel Albert Camus / Issoudun

1627 et 28 janvier : Le Gallia Théâtre / Saintes

171, 2 et 3 février : Le Festin - CDN / Montluçon

185 février : Espace Marcel Carné / St Michel sur Orge

198 au 11 février : SN Angoulême

2015 et 16 février : Le Splendid / Saint-Quentin (02)

2118 février : Le Vivat / Armentières

22Du 22 au 24 février : Théâtre du passage / Neuchâtel (CH))

237 et 8 mars : Espace André Malraux / Châteaudun

2419 et 22 mars : L’Hectare – Scène Conventionnée / Vendôme

25Du 14 au 17 mars : Théâtre Le Quai T900 - CDN / Angers

2624 et 25 mars : Théâtre du Beauvaisis / Beauvais

2729 et 30 mars : Théâtre de Neuilly-sur-Seine

283, 4 et 5 avril : Centre culturel Le Figuier blanc / Argenteuil

298 avril : Le Sémaphore / Port de Bouc

3012 et 13 avril : Théâtre de Grasse

3116 avril : Animatis - Salle Claude Nougaro / Issoire

3221 avril : Théâtre Interlude / Cholet

33Du 26 au 30 avril : Atelier Théâtre Jean Vilar / Louvain La Neuve (BE)

343 mai : Théâtre de Chartres

356 mai : Espace Christian Genevard / Morteau

3610 et 11 mai : Théâtre Firmin Gémier / Châtenay-Malabry

3713 mai : Théâtre - Salle Beaurepaire / Saumur

3819 au 21 mai : Salle Pierre Brasseur - CDN de Nice

3924 et 25 mai : Le Théâtre Musical / Besançon

4031 mai : Théâtre de Bourg en Bresse

Pour citer ce document

David Larre, «Cyrano de Bergerac», Agôn [En ligne], Critiques, Saison 2010-2011, mis à jour le : 17/12/2015, URL : http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=1497.