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Saison 2010-2011

caroline châtelet

Les deux faces du T.O.C.

À propos de L'Auto-T.O.C., par le collectif T.O.C.

1 Performance évoluant en fonction du contexte, L'Auto-T.O.C. propose un curriculum vitae du collectif T.O.C. Une proposition légère dans sa forme et son propos, mais qui pointe avec justesse les problématiques auxquelles sont confrontées le collectif.

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2Tous les ans, on glose sur le nombre croissant de spectacles réunis dans le cadre du Festival Off d'Avignon. De plus de neuf cent quatre-vingt spectacles en 2009, le Off est passé à mille cent quarante-deux propositions scéniques accueillies en 2011. Mais, s'il est de bon ton de s'alarmer sur ce mouvement en déplorant l'absence de repères, on s'interroge peu sur les raisons de cette augmentation exponentielle. Due à l'absence de pouvoir et de volonté d'Avignon Festival Off et Compagnies (association éditant le programme du Off) de réellement structurer le Festival, en régulant par exemple la naissance de nouveaux lieux, ou en exigeant des théâtres un minimum de conditions techniques, l'augmentation révèle le besoin patent pour les artistes de tourner. Ce lieu commun – un artiste a besoin de jouer pour vivre – est aujourd'hui exacerbé par la baisse des financements publics et la nécessité croissante de la part d'autofinancement. Car le Off conserve son image de « vitrine » et n'importe qui, s'il en a les moyens financiers, peut y jouer dans l'espoir de décrocher des dates. Et tandis que les commerçants, restaurateurs et habitants d'Avignon se frottent les mains devant cette manne financière inespérée, les compagnies se saignent pour louer à grands frais logements et théâtres de fortune. « Avignon comme vitrine », « l'argent comme nerf de la guerre et véritable objet du Off », deux problématiques sous-tendant tout le festival et L'Auto-T.O.C.

3Dans cette conférence du collectif T.O.C., l'équipe présente ses projets, son histoire et sa démarche en adaptant le propos à chaque lieu investi, en l'occurrence, l'espace 40 qui appartient au Théâtre de la Manufacture. Pour information, ce théâtre, largement identifié par les professionnels comme un espace de découverte, « un lieu de rencontre original et engagé autour de l'écriture contemporaine  », est aussi l'un des plus chers à la location... Désireux d'y jouer Le Précepteur de Jacob Lenz, leur dernière mise en scène, mais n'en n'ayant pas les moyens, le collectif T.O.C. s'est vu proposé d'investir trois soirs l'Espace 40. Prenant au pied de la lettre le qualificatif doublement attribué au festival et à la Manufacture, c'est en vitrine que l'équipe s'expose. Tandis que le public amassé sur le trottoir observe les préparatifs, des enceintes diffusent une conversation. Il s'agit de la « négociation » entre Mirabelle Rousseau la metteuse en scène et Pierre Holemans le directeur artistique du théâtre sur l'occupation du lieu. L'on voit ici que le collectif T.O.C., s'il est contraint à un cadre délimité, n'oublie pas d'en désigner précisément les contours...

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4 Après la sonnerie des trompettes – signalant traditionnellement le début des spectacles du Festival d'Avignon In –, la dramaturge Muriel Malguy et Mirabelle Rousseau présentent la compagnie. Tandis que l'une s'explique avec franchise, l'autre offre le versant convenu et institutionnel de leur histoire : aux « galères en squatt » répond « les lieux émergents et transversaux ». Le duo est bientôt rejoint par toute l'équipe du T.O.C., au grand dam de la comédienne et responsable des finances Estelle Lesage. Et le coût imprévu – exponentiel ? – de leur venue à Avignon se mêle petit-à-petit à la tentative d'exposition des créations et des positions défendues par le collectif. Forme performative, L'Auto-T.O.C. révèle dans une succession d'anecdotes potaches et de prises de paroles inopinées les caractères de ce collectif et des individualités qui le composent. Et entre les tentatives de structuration a posteriori de son histoire, la forte autodérision et les multiples digressions, des problématiques bien réelles apparaissent : le fait de jouer gratis pour espérer pouvoir jouer payé ; les logiques de coproduction et de diffusion à l'œuvre dans les circuits du théâtre public ; les pressions que ces logiques exercent sur les artistes ; l'attente de discours spécifiques de la part des institutions. Autant de contraintes qui s'exercent dans une précarité croissante pour nombre de compagnies. Alors si L'Auto-T.O.C. pointe avec intelligence et humour certains mécanismes à l'œuvre dans l'institution théâtrale, tout ce qu'on peut souhaiter est que la forme alerte plus qu'elle n'amuse les responsables de structures. Et que plutôt que de programmer à leur tour L'Auto-T.O.C., ils fassent, surtout, le choix d'aider l'équipe à défendre ses projets sur le long terme.

5Du 12 au 14 juillet à l'Espace 40 de la Manufacture, Festival Off d'Avignon 2011 (22 h, 23 h, 24 h, entrée libre) - Du 15 au 17 septembre 2011 au Théâtre Gérard Philippe de Saint Denis.

Pour citer ce document

caroline châtelet, «Les deux faces du T.O.C.», Agôn [En ligne], Critiques, Saison 2010-2011, mis à jour le : 17/12/2015, URL : http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=1765.