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Portraits

Marian Del Valle

Accompagner le processus de recherche de Barbara Manzetti

Un lieu comme une personne

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photo de Barbara Manzetti

1Barbara Manzetti1a été accueillie en résidence de recherche et création au Centre Chorégraphique National de Montpellier du 2 au 27 février 2010. Dans son projet, Un lieu comme une personne, elle invitait quatre artistes et chercheuses (Yvane Chapuis, Yota Dafniotou, Dominique Thirion et moi-même), à venir l’accompagner dans sa recherche, à lui tenir compagnie, chacune avec sa propre recherche, pendant une semaine. J’ai accepté avec grand enthousiasme l’invitation ainsi que le rôle qu’elle m’attribuait. J´avais commencé à suivre les premiers germes de son projet artistique dans l´automne 20082. Le 8 novembre j´avais réalisé un entretien (le premier), dans la maison de Barbara à Pantin, où elle me parlait à son sujet.

Il y a toujours eu l´amitié des artistes que je côtoie, comme toi, et depuis plusieurs années. Je me suis dit qu´il y avait une architecture humaine que j´allais trouver là bas [au CCN de Montpellier] que je ne pourrais pas trouver ailleurs, que je pouvais y aller, me rendre dans cet endroit avec une autre famille, une sorte de famille reconstituée, comme disait Jennifer Lacey, qui est une famille de personnes qui ne sont pas forcement dans la même recherche mais dont les recherches peuvent se croiser, se rencontrer, se tenir compagnie. Donc, plutôt que de créer ensemble ou partager,  ou trouver un juste milieu entre des parcours, il s´agit de faire croiser des parcours sur un même lieu géographique.

2Avec son invitation, Barbara me conviait à aller rencontrer « l´architecture humaine » du CCN3, à continuer « mon parcours » au même moment, et sur le même lieu, qu´elle poursuivrait le sien. Elle m´offrait un temps et un cadre privilégiés (où je ne serais pas interrompue) pour développer mon travail artistique et pour approfondir mon étude sur son processus. Pour mener cette recherche, elle me proposait aussi d’adopter une position et une méthode de travail: accompagner.

Accompagner

« Je parle de compagnie et je ne parlerai pas de collaboration pour ce projet. la compagnie est ce qui vient contrer l'abandon sans pour autant exclure l'indépendance. travailler seules-ensemble  en avançant de manière autonome dans la géographie de nos retrouvailles. 

si nos recherches ne peuvent pas forcément se mêler elles peuvent se retrouver, elles peuvent partir en voyage, entrer en conversation, elle peuvent  se souder dans un mouvement spontané sans perdre leur identité, s'isoler en restant dans le même espace, se tenir compagnie »4

3Apres avoir tenté, dans ses derniers projets5, la ‘méthode’ collaboration, Barbara voulais tenter une autre façon d´être dans un contexte de travail avec l´autre. Nous allions expérimenter à Montpellier comment ‘travailler seules-ensemble’. La relation qu´elle proposait, me sollicitait tout autant comme artiste, que comme chercheuse et comme amie. C´est à partir de cette triple position que je me suis rapprochée du processus créatif de Barbara pendant la semaine de résidence.

« (…) chacune viendrait avec les préoccupations liées à sa recherche, nous partagerions le même espace géographique, nos recherches se tiendraient compagnie de différentes manières. »6

4Mes « préoccupations » en tant qu`artiste, étaient à ce moment de continuer à explorer Materia Viva 7. Celles, en tant que chercheuse, tournaient autour de comment suivre de près la mise en mouvement du projet artistique de Barbara ; quelle écriture et quels outils pouvaient m´aider à témoigner des différentes formes qu´il allait prendre.

5Dans cet espace géographique commun, nous devions construire un territoire qui puisse fonctionner comme lieu de partage. Il nous fallait également inventer les différentes manières de permettre à nos recherches de « se tenir conversation », de « se rencontrer » et de « se tenir compagnie ».

Construire un espace commun, le partager - Comment une recherche tient compagnie à une autre ?

6Notre point de départ commun était la nécessité mutuelle et le besoin réciproque de mettre nos recherches en proximité l’une de l’autre. Par ce rapprochement, nous voulions créer une dynamique qui puisse mobiliser nos projets et les aider à avancer.

« (…) Si mon travail a toujours été plus proche du corps des autres que du mien, c'est que les autres m'ont toujours mieux déplacée que ne pouvaient le faire mes propres muscles. Ce travail est l’œuvre collective de notre intimité, notre invention quotidienne du monde et de la normalité. Et cette normalité est quelque chose de parfait, pour moi.»8

7 Nos recherches

8La recherche de Barbara et la mienne se sont rencontrées à plusieurs reprises depuis 1994, année où nous avons présenté nos créations chorégraphiques respectives dans le même festival de danse à Bruxelles9. Depuis, nos trajectoires n’ont pas cessé de se croiser, de se retrouver, nos rencontres prenant des formes très diverses10. Pendant dix sept ans nous avons suivi les projets l’une de l’autre, nous avons maintenu d’innombrables conversations et un échange régulier, écrit et critique, sur nos recherches11. Barbara a participé également, comme artiste et pédagogue, à cinq des sept éditions de l’Atelier Intensif de Création et Composition en Danse12que Monica Klingler et moi-même avons créé et dirigé à Bruxelles et à Anvers entre 1999 et 2006. Barbara est un témoin privilégié de mes recherches, une amie et une artiste qui a la capacité de stimuler mon travail artistique et surtout de le questionner.

9 Etudier le processus de recherche de Barbara Manzetti

10Le processus de recherche de Barbara est devenu un de mes objets d’étude dans le cadre d´une thèse de doctorat13. Avec cette recherche, je voulais porter un regard plus attentif à sa façon de travailler, suivre de plus près sa manière très singulière de créer des propositions artistiques qui échappent aux formes établies, qui détournent et contournent les cadres fixés à l´avance pour la création chorégraphique. Son refus obstiné de se reposer dans une forme ou genre artistique (et souvent lorsqu´elle le maîtrise bien) m´a toujours interpellé, de même que son choix de faire des œuvres ouvertes, sans cesse en mouvement, qui ne se fixent jamais sur un objet définitif ou «autonome »14. Son travail est non seulement une source d´inspiration et d´interrogations, il pose aussi au chercheur un défi stimulant : comment s´y prendre pour étudier et témoigner de cette démarche artistique particulière ? Comment accompagner et rendre compte de cette mobilité ? Quels outils spécifiques doivent être sollicités ? Quelle écriture pourrait capter, respecter et même dialoguer avec ces singularités ? Adopter la méthodologie que Barbara me proposait (avec toute sa complexité) était déjà un appui, un point de départ.

11Avant Montpellier, j´avais mené l´investigation sur son processus dans des lieux privés (sa maison à Pantin, la mienne à Bruxelles) lors de courts séjours de deux à trois jours et en assistant à des événements ponctuels15dans des lieux publics16. J´avais commencé avec des entretiens semi-dirigés (enregistrés) que nous nous avons fait l’une à l’autre, combinés avec des longues conversations informelles (certaines enregistrées). J´ai utilisé aussi, et de plus en plus, l´écriture : des notes prises pendant ou après la présentation de ses travaux, des échanges réguliers par courriel. Barbara m´a également proportionné de nombreux textes écrits par elle, comme les dossiers de ses projets ou les textes publiés dans son journal17. La résidence d’une semaine à Montpellier se fut l’occasion d’accélérer et d’intensifier l´étude sur son processus près d´elle et avec elle.

12 Montpellier, février 2010

13Nous recherches sont allées « se tenir compagnie », une fois de plus, à Montpellier le 1 février 2010. Pendant une semaine intensive nous avons mis en vie et en résonnance l’espace de travail qu’on nous avait assigné : une grande salle blanche nommé l’Atelier. Nous sommes arrivées dans cet espace chargées de nos vies, de nos retrouvailles, de nos projets. C’était un espace habité avec lequel il fallait trouver la façon de dialoguer. Je rencontrais le lieu pour la première fois, mais Barbara était déjà une habituée18. Notre première tâche a été de créer un territoire où pouvoir cohabiter.

« Je me rend compte avec le temps que je n’arrive pas à penser, à concevoir un projet sans penser à l’endroit où il va être fait. Tous mes projets sont contextualisés, forcement, et c’est peut être un problème, mais c’est une particularité de mon travail. Ca veut dire que le même projet, comme Mes contemporains,par exemple, aux Laboratoires d’Aubervilliers va être Mes contemporains – Aubervilliers. A Montpellier je vais devoir refaire, reconcevoir le projet pour qu’il soit adressé particulièrement aux gens qui vont venir le voir. Ce n’est pas tellement l’architecture finalement qui est important, c’est le contexte humain, donc « d’abord le lieu » c’est un ensemble de personnes qui travaillent d’une certaine manière dans un climat particulier, et oui, c’est comme une architecture humaine plus qu’une architecture concrète »19.

14Dans la géographie du Centre Chorégraphique, nous devions construire une intimité, créer les conditions favorables au déploiement et au partage de nos recherches. Nous avions différents lieux à investir et à rencontrer : des lieux privés et intimes (les chambres) ; des espaces semi-publics et semi-intimes, comme la cuisine où nous croisions nos voisins de résidence (la Ribot, Denis Marriott, Renaud Golo); des lieux publiques qui gardaient un certain niveau d’intimité (les bureaux, la bibliothèque). Entre ces espaces, il y avait des lieux-passages à parcourir (le hall, les escaliers).

15Le studio, désigné comme notre lieu principal de travail, était un mélange de lieu intime, de lieu public et de lieu de passage.

(…) « Entre ta chambre et ma chambre. Entre nos chambres et la cuisine. Entre le 2 ème étage et le 1 er . Entre nous et nos voisins. Entre l’espace d’en bas et l’espace d’en haut. Entre les gens qui circulent et les gens dans leur bureau. Entre le dehors et le dedans. (…) Entre le bruit de tes bottes dans les escaliers et le bruit d’une guitare. Entre nos rires et leurs regards. Entre tes mains et les cartes. » 20

Investir l’espace de travail : l’Atelier

16Pour nous approprier l’espace nous avons dû enlever des objets (les cartons dans les fenêtres qui empêchaient l’entrée de la lumière du jour21); en amener d’autres (des couvertures, des coussins, des fleurs, des tissus); apporter du matériel (ordinateur, caméra vidéo, lecteur DVD, etc.). Nous avons pris place avec nos corps à travers différentes actions (donner des massages, parler, nous déplacer, écrire, danser) et postures(assises, couchées, début, accroupies, etc.).

« Le matin :

L’espace : les coins, les portes de sortie et d’entrée, les déplacements du personnel (femmes de nettoyage, techniciens) dans notre espace de travail, leurs traversées de l’espace, la verticalité.

Grand espace blanc.

Nous : à l´horizontale, couchées sur place. Comment on considère l’espace ?

Traces, résidus.

Des territoires explorés, crées avec amour par le corps et par les regards.

Forme-recherche

L’après-midi :

On reprend l’espace, il y a eu des massages, une conversation sur les pieds enregistrée. Les traces des corps des autres. La mémoire dans les mains.

On entend la bande sonore de Mes contemporains faite à Montpellier en février 2008

Février est un bon mois, l’année vient de commencer, c’est la fin de l’hiver.

On sort le matériel technique : caméra, appareil photo, vidéo. Encore des gens qui traversent l’espace (ce n’est pas encore notre espace). Des couvertures en laine vert obscur, étalées au sol avec des coussins. Soleil dehors. Nos sacs, nos chaussures et un tas de couvertures.

Barbara est à l’ordinateur, moi j’écris sur le cahier assise sur la couverture.

J’écoute les mots de Barbara sur la bande de son : « un souci de bonheur » Barbara me dit maintenant: ‘il nous faut une chaise aussi’, sur la bande du son encore ses paroles.

Gérer le temps NON, goûter, savourer le temps OUI

Les couches de temps dans cette espace maintenant, les voix qui parlent aussi.

‘Se tenir compagnie’, ‘ collaborer’,

entrer, croiser, accompagner, participer au projet de l’autre.

Barbara dit : ‘venir avec quelque chose qu’on peut partager’ ‘ il faut que ça aille dans les deux sens’. »22

17C’était une brève description de notre première journée de travail. La gestion du temps était aussi un aspect important. Nous devions faire le partage entre des moments où nous travaillons ensemble dans le même espace, d´autres où nous nous isolons (souvent pour écrire) ; des moments plus ouverts (les repas, les moments d´échange avec les autres résidents) et ceux où nous avons rendu visibles nos recherches (les séances de Materia Viva, les « visibilités », les «masters class »).

18Dès le lendemain de notre arrivée, quelques personnes ont été invitées à entrer dans notre espace de travail. Ces premières ouvertures eurent lieu pour des séances de Materia Viva 23 (de trois à quatre personnes par séance). Barbara m’accompagnait en introduisant la séance par des explications sur le contexte, en filmant, en faisant des photos, en prenant des notes et en partageant ses impressions avec les spectateurs à la fin de la séance.

19Le premier moment d’ouverture de nos recherches respectives, désigné comme « visibilité », eut lieu dans l´espace de travail le 4 février. Le public était invité à venir partager une étape du travail. Cette visibilité a mis à l’épreuve l’enjeu principal de notre séjour : que nos recherches puissent se croiser, se rencontrer, se tenir compagnie. Nous avons donc rendu « visible » et matérialisé, notre manière singulière d’être seules-ensemble avec nos recherches.

20 La « visibilité » du 4 février

21Une quinzaine de spectateurs est venue le soir pour assister à une présentation de nos recherches. La soirée a commencé par une introduction de Jean-Marc Urrea, directeur du CCN, dans laquelle il a parlé de la démarche artistique de Barbara. Ensuite, elle a pris la parole et, s’adressant aux spectateurs d’une « façon performative »24, elle a parlé sur ce qu’était le contenu de son travail (tout en bougeant et en se déplaçant). A un moment donné, elle a interrompu son discours et elle est venue s’assoir près de moi en silence, c’était notre consigne (faire une pause, un vide) pour que je puisse reprendre la parole. J’ai donc enchaîné avec une séance (raccourcie) de Materia Viva (sans l´échange avec les spectateurs). Après la séance, sans pause, Barbara a recommencé à parler pour présenter son film, Une forme amie 25, qu’elle a ensuite projeté sur un écran. Pour cette soirée de « visibilité », elle avait également écrit et distribué aux spectateurs un texte, la première ébauche de ce que plus tard deviendrai le livre 1. C´était lepremier d’une série de ‘livres’ qu’elle a écrit et envoyé, à quelques proches, tout au long de sa résidence, et même au-delà.

Lieu intime, lieu de passage et lieu public

« le soleil, vous voyez. le ciel. bleu. sauf vendredi matin, toute une
journée de pluie. les cheveux trempés pour goûter au magret de canard.
à l'étage, des voisins avec des yeux et des sourires comme il faut.
des conversations tranquilles. ils disent: "vous avez vraiment l'air d'être heureuses vous".
en bas l'accueil a été, comment dire, chaleureux. passons sur le tringle de rideau.
un ordinateur qui marche dans l'atelier. des épaisses couvertures vertes. pure laine.
le travail de Marian comme une plongée. qu'est-ce que ça fait d'avancer ensemble.
après l'ouverture de jeudi Fanny a dit: "j'ai eu l'impression de rentrer dans la chambre de quelqu'un, puis en arrivant chez moi j'ai fait des listes, je n'avais pas de post-it alors j'ai fait des listes de ce que je vais changer".
ne préparez rien, ce n'est vraiment pas nécessaire. aucune inquiétude. vous êtes attendue, oui.
tirages de cartes, écriture, méditation, peu de cuisine, nous avons soif de thé, la réalité tout le temps. dans la valise avec des tongs pour la douche et une serviette, vos
recherches, vos outils et si vous le voulez bien de l'espace pour ce
qui va venir. pour une accélération aussi.
il n'y aura pas de spectacle, les moments de visibilité sont des moments de visibilité. nous restons sur nos parcours mais l'approche géographique accélère tout. nous sommes vite débordées.
samedi et dimanche pour écrire. j'entends Marian passer dans le couloir.
nous avons ri à en pleurer, écarté les hommes un moment, cherché du chocolat.

quelle chance je me dis.
je vous embrasse »26

22S’approprier l’espace pour le rendre intime, construire une intimité pour pouvoir inviter les autres à entrer en elle, la partager. Créer un lieu ouvert, accueillant où l’on puise venir lorsqu’on a besoin. Barbara avait proposé à quelques personnes liées au centre de leur donner un massage (sur rendez vous)27. Les gens venaient dans l’espace de travail à la « séance individuelle de massage » à l’heure fixée. Parfois il avait aussi de visites à l’improviste, juste pour engager une conversation ou pour faire un tirage de cartes28.

23 Hors les murs

24Deux autres occasions de faire cohabiter publiquement nos recherches, eurent lieu le 5 et le 8 février. C‘était à l’Université Paul Valéry, dans le cadre d’un master class, donné aux étudiants en 1er année de Licence en arts du spectacle. Le cours était dirigé par un couple d’anciens danseurs de la Cie. Mathilde Monnier, Rita Quaglia et Lluis Ayet. Les présentations eurent lieu à 10h du matin, chacune pour une vingtaine d’étudiants.

« Barbara et moi nous avons fait se rencontrer, encore une fois, nos recherches sur un même espace géographique. Au programme : introduction, nouvelle introduction performative de Barbara, une séance de Materia Viva, le film Une forme amie, et une longue discussion.

A propos du travail de Barbara :

25Je sens le poids de l’attente, la tension de l’événement qui va éclore, surgir.

26Barbara construit une forme performative avec des stratégies. J’assiste à la lente élaboration de cette forme qui s’appuie sur la parole, une parole qui coule ininterrompue mais souvent altérée par des actions. (…) Dans sa proposition performative, Barbara parle, enchaîne et saute du fil de son exposé (préparé au préalable) à un commentaire circonstanciel, comme si le monde extérieur et le réel imprévisible venaient constamment la distraire de son raisonnement. Elle se sert de plusieurs excuses pour interrompre la linéarité de son discours : comme remarquer la présence de quelqu’un qui est dehors29. Elle ne s’arrête jamais de parler, elle glisse du discours à un lapsus pour reprendre sa pensée interrompue, cela crée un effet comique et une sorte de complicité, de proximité avec le spectateur. La parole qui coule constamment est parfois accompagnée de gestes qu’elle commente (une autre forme d’interruption) tout en les faisant : ‘j’ai envie de m’étirer’, la surprise provoque le rire. ‘Etre toujours présente’ à la vie, à l’instant, c´est peut être pour cela qu´elle est constamment interrompue, peut être aussi pour échapper, trouver des fuites et ne pas s’enfermer dans une linéarité rigide.

27Dans ses films, la parole disparaît, elle est remplacée par l’image, par l’écriture.

Passages :

Passage subtil d’une présence quotidienne à une présence performative. De la présence performative au film. De l’oral à l’écrit, de la présence vivante à l’image filmée.

Quel contenant ?

Barbara parle du contenu de son travail, elle énumère tout ce qui fait partie du contenu de son travail, ce qui se trouve dedans : ‘Le silence est aussi un contenu de mon travail’.

Le contenu est une adition de choses, d’actions, de pensées, de mots, de personnes.

Le contenu est présent et est nommé. Le contenant est en train de se créer.

Une forme insaisissable/fuir la forme / liberté/ une forme amie.

Sur l’engagement :

Barbara en réponse à la question d’une étudiante qui lui demande si ce n’est pas ‘une fuite de l’engagement’, lui répond : ‘au contraire, je m’engage à long terme, je m’engage à être toujours présente à ce que je fais’.

Images/films :

Barbara à propos de son film : ‘faire des images assez vides juste pour donner envie d’y être dedans, d’y prendre place’, ‘une image, une scène, est suivie, repoussée par une autre image, par une autre scène. Il n’y a pas de montage, pas de caméra qui bouge. Ce qui m’intéresse c’est l’espace. Même les choses qu’on filme s’en vont. Je garde la chronologie, l’ordre dans lequel les scènes ont été filmées’.

Effacer, reprendre : Elle me souffle quelques mots à l’oreille pendant le visionnage de la dernière scène du film : ‘mort, deuil’.

Reprendre, effacer : Ne rien laisser dans l’espace.

Les mots s’évaporent dans le film, elle reprend les papiers de carbone que gisaient au sol. Mais elle ne peut pas reprendre les gestes que ce sont déposés dans son corps. Elle doit d’ailleurs réduire sa production pour pouvoir les porter. Moins de danse, moins de massages ou alors développer des nouvelles techniques d’effacement pour que même l’invisible puisse disparaître. Peut être c’est un affaire de pouvoir les vider en les enregistrant sur un autre contenant que le corps : le livre ?

Barbara :’ les choses ne font que passer. Ecrire dans l’immédiat’.

Oui les mots passent, transformer les gestes en mots.

Moi c’est presque le contraire, je voudrais donner un corps, des gestes et de la chair à mon corps invisible, à mon corps imaginaire.

Barbara :il faut laisser la place à la vie. Le vide c’est très important’.

toucher/palper/ appuyer/effleurer/ caresser/tracer/écrire

Sur la transmission :

Barbara affirme :‘A travers notre travail, juste donner l’envie de faire le choix d’être libre. Le travail me donne tellement de bonheur et de liberté qu’en dehors de cet espace c’est difficile...’

Incarnation/ représentation :

Barbara : ‘par l’image (filmée) je me rends plus comme un objet, j’abandonne l’emprise sur le spectateur (comme dans l’approche performatif) pour que le spectateur puisse avoir cette emprise sur moi, pour qu’il puisse se projeter’. 

Processus : Barbara :Préparer le territoire mais ne pas répéter un événement’.»30

28 Abandonner le lieu mais pas le travail

« (…) Etre à côté de l’autre, le croiser, participer à la création d’un espace commun, à la construction délicate d’une expérience, savoir aussi la quitter, l’abandonner. Accompagnement provisoire ou transitoire ou éphémère ou momentané. Des visibilités partagées et d’autres cheminements plus lents qui prennent d’autres temporalités, d’autres moyens d’émerger, de surgir, de prendre forme ou de ‘perdre corps’.

Savoir s’effacer avec amour et attention, laisser derrière quelque chose qui va continuer sans nous, sans notre présence, sans notre accompagnement. Se déplacer ailleurs »31.

29Après une semaine d’échanges intenses, je suis partie de Montpellier et Barbara a continué à développer son projet de résidence avec les autres trois chercheuses. Nous avons entretenu le lien par l’envoi régulier de courriels. Dans ces courriels, elle m’envoyait des images et des textes qui parlaient du travail, des voisins, des « visibilités ». En annexe de ces courriels j’ai reçu des photos et, un à un, les livres 2, 3, et ainsi de suite jusqu’au livre 17.

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Un lieu comme une personne, photo de Barbara Manzetti

Les livres de Barbara

30Barbara a écrit 17 ‘livres’ tout au long de son séjour á Montpellier, chacun ayant une extension d’entre 4 et 7 pages. Ils ont été composés comme une série à partir du livre 1. Le premier livre, elle l’avait réalisé pendant la première semaine de résidence. Il était le résultat de la réécriture d´un texte, composé quelques semaines avant lors d´un voyage en train de Bâle à Paris. Elle l´avait retravaillé en ouvrant des interstices dans le texte, en insérant (par ajout ou par prolifération) de nouveaux fragments. Dans les ‘livres’, cohabitent des scènes, des espaces, des personnes et des voix qui proviennent de différentes temporalités et moments de sa vie. L´écriture, proche de l´oralité, actualise des bribes de mots, des phrases ayant été prononcées et portées par le corps de quelqu’un. Les livres rendent contemporaines une multitude de personnes, ils recueillent des échos de voix, des lieux, des souvenirs, faisant et ayant fait partie de la vie et de la mémoire de Barbara. Ces différentes voix et paroles apparaissent, et sont rapportées, à travers celle de Barbara, qui les reprend à la troisième personne, ou les adresse à quelqu’un à la deuxième personne.

« (…) Le pied gauche c'est le travail, le pied droit la famille. Il dit: 48. 18 ans. Depuis 18 ans. Audrey. Audrey. Je ne sais pas. Pascaline, Mathilde, Sofie. Christian. Lucette. Marian. Anne, Anne, Marie. Jenny, Yota, Rémy. Audrey. Fatiha, Fabrice. Bruno pieds nus. Jennifer avec le pull gris col en v sous le pull chaud blanc. Parfumée. Barto premier slow. Francis il y a 10 ans. Lucile. Le chien des Canaries rempli la cage. Cette fille qui vocalise comme une truie. La musique pour se protéger. Cela se résume en très peu de mots: il rajeunit. Cette semaine on vous touche. L'espace vide. L'espace fait de la place. Là je me demande pourquoi Pascaline à côté de Mathilde. Nous on travaille notre vie.

Ami, mon amie, son amie, ton ami. Je ne t'ai jamais vue aussi bien. Si Belle. Majuscule. Il te fallait de l'espace, c'est tout; de l'espace. Pour vivre, pour penser, pour vivre. Pour vivre, pour bouger, pour penser. Pour être, pour dormir, pour être. Pour apparaître.

Fleurs, yeux. Bravo »32.

31A présent le nombre de `livres´ a augmenté jusqu´à dépasser la quarantaine. Certains ont été transformés pour être publiés33, d´autres ont pris des nouvelles formes pour être intégrés et lus dans une forme performative34. Depuis l´expérience à Montpellier, l´écriture a pris une place de plus en plus importante dans le travail artistique de Barbara. Ses textes sont toujours construits avec le support d´un lieu concret et d´un contexte précis35. Elle traite l´écriture comme une matière ouverte, sous influence, constamment à réactualiser, « qui cherche à garder, dans son développement et ses possibles extensions, l´échelle du corps. Et du tutoiement ».36

En mode de conclusion provisoire

32J´ai accompagné Barbara pendant la période où elle a commencé à développer et à tester publiquement une nouvelle forme d´expression artistique, l´écriture. Bien que déjà présente dans ces antérieurs travaux, cette forme a été investie plus intensément et dans un nouveau format : les « livres » (avec ses possibles extensions performatives).

33 «  L'écriture a toujours été présente dans mes propositions chorégraphiques. Des formes d'écriture sur des supports tels que post-it, phylactères, jeux de cartes, affiches, m'ont servi à amener la parole et le texte dans la performance. Certains de ces outils, notamment les jeux de cartes, que je fabrique dans chaque lieu investi, sont devenus de nouveaux critères d´écriture chorégraphique, filmique ou littéraire 37 ».

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Barbara Manzetti, Une forme amie .

34 Trois mois avant son séjour à Montpellier, Barbara avait réalisé, lors d´une courte résidence de 5 jours au théâtre de la Bastille 38 , Une forme amie. Ce film fut projeté à trois reprises 39 pendant la semaine partagée avec elle au CCN. La forte présence du film pendant les premiers jours de sa résidence pourrait indiquer que Barbara traitait sa nouvelle recherche comme un prolongement, ou suite, de l´antérieur. Ce film pourrait être également considéré comme une œuvre-passage entre deux modes d´expression : le film 40 (qu´elle maîtrisait) et l´écriture (qu´elle voulait investir plus intensément). Dans Une forme amie , les mots, l´écriture, l´acte et le geste d´écrire ont un rôle protagoniste. Le geste d´écrire apparait et revient tout au long du film. Il est fait avec différents outils sur des multiples surfaces: avec une éponge mouillée sur des murs noirs; avec un feutre sur des rouleaux de papier blanc se déroulant au sol ; sous forme d´une profusion de mots en mouvement ascendant et rapide (comme des sous titres) inondant l´écran et empêchant la visibilité de la seule scène de « danse » du film. Ces mots semblent emporter une forme de mouvement (la « danse ») et la remplacer par une autre : le mouvement de l´écriture.

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Barbara Manzetti, Une forme amie.

« L'écrivain est une chorégraphe qui dit : Je crois que le mouvement est parti en courant. De toute façon j'abandonne la forme. Je me penche sur le contenu. Ce sera un livre ou bien un parfum ».41

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Barbara Manzetti, Une forme amie .

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Barbara Manzetti, Une forme amie.

« courir ou écrire

chez moi, la pratique de la danse peut par périodes se réduire à la course.

il s'agît probablement du déploiement simplifié de cette nécessité d'une trajectoire qui caractérise ma recherche depuis son commencement.

je peux dire sans hésitation et sans mentir que ma course n'est pas sportive du tout et qu' elle s'apparente à la danse.

chaque jour je cours et je me rends compte que j'ai envie d'écrire.

chaque jour j'écris et je me rends compte que j'ai envie de courir »42

35Dans la première présentation performative du film43, sous une forme non visible (mais lisible), étaient déjà présentes des intentions du projet commencé à Montpellier (et qui allaient être développées par la suite): la relation avec le lieu et son « architecture humaine », l´idée d´une « forme de compagnie » et le projet de réaliser «une performance en forme de livre ». 

« je dis: le contenu de mon travail est une forme amie

je dis: une forme amie qui ne vient pas de moi, qui vient de toi.

je dis ce qui m'intéresse de réaliser en ce moment est une performance qui aura la forme d'un livre,

que pour cela j'écris,

qu'écrire et lire est mon activité principale ces derniers temps,

depuis deux ans?

faire une chose comme un livre,

cette chose que je vais faire,

je le sais,

est une forme amie,

une forme de compagnie. »44

36A Montpellier, Barbara était en train de lire un livre de Doris Lessing, Le carnet d´or. Elle m´expliquait qu´un personnage du livre (Anna, une femme écrivain), notait sur différents carnets, quatre et chacun d´une couleur (noir, rouge, jaune et bleu), les expériences et idées qu´elle séparait selon la facette de sa personnalité (la communiste, la femme amoureuse, l'écrivain, l'Anna intime). Barbara semble également disposer de différents « contenants » pour verser la multitude de contenus épars qu´elle accumule. Certaines de ces différentes formes, ou formats, elle a pu les fabriquer et développer pendant le mois de résidence à Montpellier : comme les ‘livres’, les présentations ‘performatives’ faites en compagnie, ou le tirage de cartes public.

37D´autres « germes » continueront à se développer dans de nouvelles résidences à venir, comme celle projetée au CCN d´Angers pour l´année 2012, où Barbara propose une autreforme de partager un territoire, la « contribution ».

“Renaud Golo, Denis Mariotte, Giuseppe Molino, Christian Olivier : contribution

Il s'agît à présent du partage d'un territoire qui est l'œuvre elle-même.

Je ne cherche pas une collaboration, plutôt un rapprochement qui se

ferait dans la géographie même de l'œuvre. J’aimerais savoir comment

ces artistes vont entrer dans mon travail avec le leur. Quelle porte vont ils

choisir et ouvrir ».45

Barbara

« BARBARA

Et

Une forme amie

Une forme fuyante

Une forme fragile

Une forme osée, sans peur,

Une forme constamment inachevée, insatiablement ouverte

Penchée sur le présent attaqué par des mémoires, le fil d’une pensée constamment interrompue, distraite par la vie qui a d’autres fils qui s’ajoutent.

La prolifération, ou l’extension, ou la liberté d’agrandir le corps du texte qui se démultiplie qui a des excroissances, qui fleurit, qui s’auto fertilise.

Oui verbe inépuisable parce que vers la mort ».46

38Marian del Valle

Notes

1  « Barbara Manzetti est née à Rome en 1970. Après une première réalisation chorégraphique pour la scène, qui reçoit le prix de la SACD belge en 1996, elle s'éloigne rapidement des cadres de création usuels pour des territoires d'investigation plus immédiats en milieu urbain. L'espace et le temps choisis pour la performance sont souvent un lieu et un temps transitoires; le spectateur est mis en situation physiquement, l'œuvre devient en même temps objet et cheminement (…). L'objectif de sa recherche et des nombreuses collaborations est la construction d'un espace suggestif ou espace résonant. Les objets performatifs, éphémères et évolutifs, cherchent à pousser les limites de la représentation, parfois jusqu'à l'embarras. Cela par la proximité toujours recherchée avec le spectateur, à travers une intimité physique ou comportementale ou par la réversibilité du rôle choisi par la performeuse: auteur, acteur, dictateur, spectateur. Une confusion est mise en place, entre espace public et espace intime, dans la tentative constante d'échapper aux cadres existants en en proposant des nouveaux, eux-mêmes éphémères et imprévisibles ». physiquement, l'œuvre devient en même temps objet et cheminement (…). L'objectif de sa recherche et des nombreuses collaborations est la construction d'un espace suggestif ou espace résonant. Les objets performatifs, éphémères et évolutifs, cherchent à pousser les limites de la représentation, parfois jusqu'à l'embarras. Cela par la proximité toujours recherchée avec le spectateur, à travers une intimité physique ou comportementale ou par la réversibilité du rôle choisi par la performeuse: auteur, acteur, dictateur, spectateur. Une confusion est mise en place, entre espace public et espace intime, dans la tentative constante d'échapper aux cadres existants en en proposant des nouveaux, eux-mêmes éphémères et imprévisibles ». Extrait du curriculum de Barbara Manzetti.

2  Le processus créatif de Barbara Manzetti est un des sujets de recherche de ma thèse que je fais dans le cadre d´un doctorat en art : danse à l´Université de Nice Sophia Antipolis, au laboratoire R.I.T.M. EA 3158 sous la direction de Marina Nordera et la codirection de José A. Sanchez (Université de Cuenca).

3  J´utiliserai cette abréviation pour me référer au Centre Chorégraphique National de Montpellier.

4  Barbara Manzetti, un lieu comme une personne, reçu par courriel le 15 janvier 2009. (J´ai respecté la ponctuation originale).

5  Comme la collaboration avec Bruno Marin pour son projet Mes Contemporains (2007-2008), ou avec Giuseppe Molino dans Une forme amie (2008).

6  Barbara Manzetti, dossier envoyé au CCN de Montpellier, reçu par courriel le 2 novembre 2008.

7  Nom du projet de danse (de recherche et création) que j´ai mené dans différentes cadres, villes et pays entre 2008 et 2010.

8  Texte de présentation du projet de Barbara Manzetti Mes Contemporains , présenté aux Laboratoires d´Aubervilliers en 2006.

9  C´était dans le festival Danse à la Balsa, au théâtre de la Balsamine.

10  J’ai dansé avec le musicien David Nuñez pour sa proposition Dire, taire lors de sa résidence à Plateau (Bruxelles, 1997) ; elle m’a aidé, comme assistante, à la création de la pièce Arco Vacio (Bruxelles, Anvers, 1997) ; nous faisions partie (entre 1996 et 1998) d’un groupe d’artistes (sculpteurs, compositeurs, metteuse en scène, danseuses, chorégraphes et cinéaste) que Barbara avait nommé, La Communauté inavouable  (comme le titre du livre de Blanchot); nous avons dansé ensemble dans Berceuse de Beckett (dans l’atelier de Willem Orebeek à Bruxelles, 1999) ; nous avons partagé la scène, chacune avec son projet, à deux occasions : lors de l’hommage à Igor Tchaï (Théâtre de la Vie, Bruxelles, novembre 2001) et à Refuggio (Bruxelles, octobre 2002). En 1997 nous avons écrit une sorte de manifeste que nous avons distribué aux programmateurs dans un festival de danse à Courtrai; cette même année nous avons fait des tentatives, non réussies, de créer une structure de production et de diffusion pour nos projets et créations respectifs.

11  Comme le très beau texte écrit par Barbara à propos de ma pièce Lieux (1996), ou celui que j´ai écrit, à sa demande, sur sa pièce Jean publique en Concert (2002).

12  Pour savoir plus sur ce projet artistique et pédagogique voir l´article de Monica Klingler et Marian del Valle «L´Atelier intensif de création et composition en danse. Une expérience artistique et pédagogique», dans Nouvelles de danse 46/47, dans le numéro Incorporer printemps/été, Bruxelles : Contredanse, 2001, pp. 219-222.

13  Voir note 2.

14  Même les films fixés dans un montage elle les réactualise en créant une situation, une forme performative, pour sa projection.  

15  Comme Ia présentation de trois de ses films, Ici c’est plus intime, trois films de Barbara Manzetti , dans le cadre de La Fabrique du cinéma #3 (Bruxelles, le 6 décembre 2010) .

16   A la Ménagerie de verre, au Laboratoires d´Aubervilliers, à la Fabrique du cinéma.

17  Certains encore disponibles sur les web site www.manzettibarbara.com, www.leslaboratoires.org

18  Barbara avait déjà été accueillie en résidence en 2008 avec Mes contemporains (performance et vidéo, re-création in situ avec Bruno Marin et Corinne Lamesch, en 2004 elle avait présenté All You Need Is Foot (création sonore avec David Nuñez et Christian Oliver) dans le cadre de Hors Séries.

19  D’abord le lieu, entretien avec Barbara Manzetti à Pantin le 8 novembre 2008.

20  Marian del Valle, Ecrit dans le train, entre Montpellier et Bruxelles, le 8 février 2010.

21  Ils avaient servi pour la performance de la Ribot, Laughing hole (2006) présentée la veille dans le même espace.

22  Marian del Valle, des notes prises le 2 février 2010 au CCN de Montpellier.

23  Une séance de Materia Viva contient trois parties (reliées entre elles par des passages) : accueillir les spectateurs et leur expliquer la démarche artistique ; une danse en solo pendant laquelle les spectateurs sont invités à écrire leurs impressions et images ; et ensuite, la lecture en voix haute, faite par les spectateurs eux-mêmes, des textes écrits qu´ils ont écrit pendant la danse, suivie d´une discussion sur l´ensemble de l´expérience.

24  Un peu plus loin je décrirais plus en détail cette « façon performative » de parler.

25  Barbara Manzetti à propos du processus de création du film Une forme amie, envoyé par courriel le 30 janvier 2011: « J'ai contacté Olivier Bertrand au printemps 2009, le lendemain d'une représentation de "Rire" de Antonia Baher au Théâtre de la Bastille. (…) Je voulais me confronter à nouveau à la scène, la boite noire . Je lui proposais une création in situ qui respecterait les modalités suivantes : travailler à partir du lieu, tout réaliser dans le lieu, dans une économie de temps et de moyens. Rapidement nous avons convenu d'une résidence de 5 jours en novembre, dans l'une des deux salles de spectacle qui resterait inoccupée pendant la journée. Je demandais la salle vide, éclairée seulement par les lumières de service. ( …) Un lundi de novembre j'arrivai au théâtre avec une caméra, sans projet. Je me posais sur le plateau avec l'ordinateur, j'écrivais immédiatement j'ai peur de tout . Plus tard je trouvais une éponge dans les loges, je posai la caméra et filmai la première scène en écrivant sur le mur du fond avec l'éponge mouillée : j'ai peur de tout sauf de ce théâtre » .

26  Barbara Manzetti, courriel envoyé aux « quatre chercheuses », Chez Mathilde, le 6 février2010.

27   L´invitation à « faire une consultation » a été adressée au personnel administratif, à l´équipe artistique ainsi qu´aux autres artistes en résidence. Barbara, afin « d'approcher concrètement le corps du lieu et de connaître son fonctionnement intimement », a utilisé le toucher bienveillant et la conversation qui l´accompagne. Les techniques de massage qu´elle pratiquait étaient: le Nuad Bo Rarn (massage Thaï Traditionnel), le Nuad Thao (massage des pieds et réflexologie Thaïe) et le Lomi Lomi Nui (massage Hawaïen, à l'huile et en musique).

28    Barbara avait créé un jeu de cartes lors de son expérience comme enseignante à l’école de théâtre de Strasbourg. Ce jeu, m´a-t-elle expliquait, elle l’avait conçu pour aider les étudiants à trouver des solutions aux questions qu’ils se posaient concernant leur propre projet. L’idée lui était venue en utilisant les questions des uns pour répondre aux questions des autres.

29  Dans la salle il y avait des grandes vitres donnant sur l´extérieur.

30  Marian del Valle, notes sur l’expérience à l’université Paul Valery avec Barbara Manzetti, Rita Quaglia, Lluis Ayet et une vingtaine d’étudiants le 5 juin 2010 à Montpellier.

31  Marian del Valle, lettre à Barbara le 5 février 2010.

32  Barbara Manzetti, extrait du Livre 2.

33  Le livre 17 est devenu le texte Quatre-Chemins, publié dans le journal des Laboratoires d´Aubervilliers (sept-déc. 2010), il est présenté comme un extrait d´Un lieu comme une personne de Barbara Manzetti, performance en forme de livre (rédaction en cours).

34   Comme c´est fut le cas des Livres 23 et 33, présents lors de la performance ENFANTGUITARREROUGE le 20 mai 2011 aux Laboratoires d´Aubervilliers (Paris).

35  De mars à juin 2011 Barbara a habité à l´espace Khiasma, Paris, pour écrire (pendant les heures d´ouverture de l´exposition en cours) sa « performance en forme de livre », à laquelle elle a donné comme titre : Epouser Stephen King. Au même temps, et pour une période de un an, elle mène son travail d´écriture Une performance en forme de livre aux Laboratoires d´Aubervilliers, où ses textes sont diffusés (dans le journal des Laboratoires) et où elle présente (tous les quatre mois) le « complément performatif au corpus en cours de composition ».

36  Barbara Manzetti, extrait de la présentation d´Epouser Stephen King, Activations de Barbara Manzetti, dans le programme de Relectures XI, faites ce que vous dites, festival à Khiasma du 5 au 10 avril 2011.

37  Extrait du dossier ÉPOUSER STEPHEN KING une résidence d'écriture à KHIASMA.

38  Voir note 25.

39  La première lors de la visibilité du 4 février au CCN, et les deux autres lors des Master class à l´Université Pau Valery.

40   Barbara avait déjà réalisé plusieurs films courts ( ) et la caméra a souvent accompagné son travail.

41  Extrait du dossier ÉPOUSER STEPHEN KING une résidence d'écriture à KHIASMA.

42  Extrait du dossier Un lieu comme une personne, envoyé au CCN de Montpellier en octobre 2008.

43  Elle eut lieu au théâtre de la Bastille le 5 novembre 2009.

44  Barbara Manzetti, il s´agit, selon les propres mots de Barbara (se référant à Une forme amie) d´« une partie des notes inscrites (le dernier jour) au feutre sur les rouleaux blancs et qui ouvraient (par le geste de dérouler, la déambulation et la parole) la performance de présentation du film ». Texte envoyé par courriel le 30 janvier 2011.

45  Barbara Manzetti, dossier du projet ENFANT GUITARE ROUGE pour une résidence de recherche et de création au CCN d´Angers

46  Marian del Valle,  Pour Barbara, Montpellier, le 5 février 2010.

Pour citer ce document

Marian Del Valle, «Accompagner le processus de recherche de Barbara Manzetti», Agôn [En ligne], Portraits, mis à jour le : 28/10/2011, URL : http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=1902.

Quelques mots à propos de :  Marian  Del Valle

Marian del Valle est danseuse et chorégraphe. Actuellement elle effectue une recherche théorique et pratique dans le cadre d’une thèse de doctorat en danse à l’Université de Nice dirigée par Marina Nordera et co-dirigée par José A. Sanchez (Université de Cuenca). Le sujet de sa recherche est le processus dans la démarche post-chorégraphique de Barbara Manzetti, Monica Klingler et Marian del Valle. Parallèlement, elle poursuit son activité d'enseignante(cours de répertoire à L’Université de Nice, stages de création à l’Académie de beaux-arts à Tournai), ainsi que sa formation en nô et en arts martiaux.