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Einstein on the beach - 1976 // 2012


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"Le moment présent ne ressemble pas à son souvenir. Le souvenir n'est pas la négation de l'oubli. Le souvenir est une forme de l'oubli." Milan Kundera, Les Testaments trahis.

Manière de circuler entre l'oubli et le souvenir, ou plutôt d'inventer ce qui pourrait être un visage du souvenir à partir de l'oubli, nous vous proposons de découvrir les textes-traces, matières-mémoires recueillis autour de la mise en scène d’Einstein on the Beach de Bob Wilson en 1976 ainsi que de ses différentes reprises. C'est la reprise de cette pièce à l’Opéra-Orchestre National de Montpellier en mars 2012 qui nous a donné l'occasion d'inaugurer cette rubrique des « Mémoires du spectateur ».

Au sein de cette enquête, conduite sous la direction de Barbara Métais-Chastanier (ENS de Lyon - Montpellier III) et Edwige Perrot (UQAM/Paris III – Montpellier III), se côtoient des souvenirs très divers, des paroles recueillies ou écrites, sous la forme de bribes, de poèmes, de coulées fragmentées, de réflexions plus longues ou déliées. C'est cette diversité qui nous a paru précieuse tout autant que la volonté de s'en tenir, dans la mesure du possible, à la mince couche du perceptible, sans jamais s'aventurer trop loin dans la théorisation ou le jugement porté. Nous souhaitions plutôt, à travers la constellation de cette matière trouée, faire se lever quelque chose qui serait comme une image – le spectre ? – de cette première fois et parvenir, par le biais de cette enquête, à dessiner une cartographie sensible des traces, des ruines et des persistances, retrouvant peut-être, par-là même, cette étrange épaisseur que confère l’aura : celle qui a fait de l’œuvre un événement et une expérience, celle qui à l’époque l’a hissée à la hauteur d’un appel destiné à être, aujourd’hui encore, reçu, entendu et répété. Si ce qui retient (et ce qui est retenu) est ce qui fait insistance, alors c’est le témoignage de cette insistance que nous avons cherché à retrouver par le biais de cette enquête. Non pour momifier et pétrifier ce qui devrait rester de ces premières fois, encore moins pour tenter d’établir un partage entre bons et mauvais souvenirs, mais pour faire jouer au sein de cet espace le libre retour des voix et des images, pour mesurer par l’écart ce qui se tient et ce qui s’effondre, ce qui a eu lieu et ce qui ne pourra pas, dans la répétition elle-même, faire réellement retour : l’expérience du temps restituée dans le dépôt dilué et diffus du temps de l’expérience.

Sont ici réunis des témoignages de Mathieu Benhamou, Bernadette Bost, Joëlle Chambon, Violaine Chavanne, Philippe du Vignal, Frédéric Flamand, Ariel Goldenberg, Frédéric Maurin, Jean-Paul Montanari, Alain Neddam, Anne Nordmann, Melly Puaux, Richard Schechner, Soňa Šimková, Jean-Pierre Thibaudat, Daniel Urrutiaguer, Geneviève Vincent, Philippa Wehle et Andrzej Wirth.


Parce que le souvenir, c'est aussi cette chose discrète qui transite d'une mémoire à une autre, entre deux expériences, parole fragile et vive, qui demande à être reprise, retenue et traversée, cette enquête est tout à la fois occasion et matière à un travail avec des étudiants de L1 en Arts du Spectacle à l'Université Paul-Valéry (Sonia-Adina Alexandru, Appoline Andreys, Caué Martins Araujo, Benjamin Cabello-Aguilar, Nadja Cole-Paya, Marie Coyard, Antoine Dubois-Mercé et Maïté Lottin). Conduit par Céline Massol et Valérie Gasse, ce laboratoire donnera lieu à une restitution à Montpellier dans le courant des mois d'avril et mai.


Nous remercions Anne Nordmann de nous permettre de publier certains de ses clichés pris au cours de la générale d'Einstein on the Beach en 1976 (la photographie qui illustre le dossier est tirée de cette série) ainsi qu'Ariane Zaytzeff pour les traductions.