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Einstein on the beach - 1976 // 2012

Andrzej Wirth

New York – 1976 - EoB FOREVER/ AN OLD CRITIC THINKS HE REMEMBERS 

AN OLD CRITIC THINKS HE REMEMBERS 

1Name dropping is snobbism.
But premiere memories
are noble self-deceiving illusions
born from the love of theater.

2Take the number of people
who believe that they saw
the first night of DREIGROSCHENOPER or EoB,
It exceeds ten times
the capacity of Theater am Schiffbauerdamm.
and the capacity of the Metropolitan Opera House.

3I can swear to be present
on an informal project showing
at the BHF before
The five hours July 1976 Avignon premiere,
which makes me a senior expert on EoB.
However, Thom Donovan, a new archivist at the BHF
can’t find any trace of it.

4I believe I remember obtaining a two dollar ticket
at the Metropolitan Opera’s legendary first New York night,
and riding to it in a taxi driven by Philip Glass,
although I can’t explain why I took a taxi
living in relative nearness
at East 73rd Street.

5I am am also sure of seeing the 1988
premiere of Achim Freyer’s version of EoB
at the Stutgart Staatsoper,
and I can believe myself, because at that time
I was teaching near Frankfurt.

6And in 1992 I visited
My painter friend Karl Oppermann in Barcelona,
just in time to see the revival of the piece
and before the big fire in the Opera House.

7Twenty years are gone,
and I fantasize about being in Ann Arbor, Michigan,
(which I remember from the premiere of
an anti-Vietnam War play by The Living Theater)
where Bob just opened an EoB revival.

8The reasons for these obsessive uncertainties
are, my dears, structural.

9Brecht’s GALILEO in the theater
requires an attention similar
to that of a university lecture,
whereas EoB carries you into a realm of daydreaming
prompted by sound and moving sets,
which is the reason why you can take
five hours of it without intermission
(except at your own discretion)
but who makes use of it?

10As you see, my dears,
the length of a spectacle is a relative thing.
I was daydreaming with my girlfriend in 1973 at the BAM
during Bob’s THE LIFE AND TIMES OF JOSEPH STALIN,
a twelve-hour opera,
and had to marry afterwards.
You never know what theater does to you,
but you never forget it,
especially if you have to pay alimony for twenty years.
Anyway, I have good credentials for having delusions about EoB.

11The one thing which stays with one forever
is, my dears, the forward driving rhythm of Glass’ music,
repetitive and unstoppable like the noise
of the iconic locomotive on the EoB set.
It is clear that the music was written for the pictorial story board,
and not for a libretto, which does not exist.

12Everything which does not exist:
A fable, a dialogue, character, the conflict and resolution, etc.
gives the piece a liberating lightness
and allows attention to fly  “ubi vult“,
there is no lecturing in this process
and no calls for attention,
just an invitation to daydream.

13The light and the dance movement
are the heroes,
And EoB’s Einstein is not a character,
but a multifaceted image.

14How to recall at once,
thirty six years old dream,
the pleasing duration,
the sound prompting movement,
the movement prompting sound,
the progress of solfege syllabels
as directorial commands.

15Well, I was there,
I thought I was dreaming.
There is no other work, my dears,
in which dialectics of technical progress
appear more suggestive
as aporia of triumph and disaster of the century.

UN VIEUX CRITIQUE PENSE QU’IL SE SOUVIENT (trad. Ariane Zaytzeff)

16b

Glisser des noms connus ici et là relève du snobisme.
Mais les souvenirs de premières
sont de nobles illusions nées de l’amour du théâtre
qui nous aveuglent nous-mêmes.

17b

Prenez le nombre de gens
qui pensent  avoir vu
la première représentation deL ' Opéra de quat ' sous ou EoB,
cela dépasse dix fois
la capacité d’accueil du Théâtre am Schiffbauerdamm.
Et la capacité d’accueil du Metropolitan Opera House.

18b

Je peux jurer avoir été présent
lors d’une présentation informelle du projet
à la BHF avant
La première de cinq heures en juillet 1976 en Avignon,
ce qui fait de moi un expert d’EoB.
Pourtant, Thom Donovam, un nouvel archiviste à la BHF
n’en trouve aucune trace.

19b

Je crois me souvenir d’avoir obtenu un billet à deux dollars
pour la légendaire première new-yorkaise au Metropolitan Opera,
et d’y être allé dans un taxi conduit par Philip Glass,
bien que je ne puisse expliquer pourquoi j’ai pris un taxi
puisque je vis relativement près
sur la East 73rd Street.

20b

Je suis aussi certain d’avoir vu en 1988
la première de la version d’EoB d’Achim Freyer
au Stuttgart Staatsoper,
et je peux me croire car, à l’époque,
j’enseignais près de Francfort.

21b

Et en 1992 j’ai rendu visite
à mon ami peintre Karl Oppermann à Barcelone,
juste à temps pour voir la reprise de la pièce
et avant le grand incendie de l’Opera House.

22b

Vingt ans ont passé,
Et je rêve que je suis à Ann Arbor, dans le Michigan,
(dont je me souviens grâce à la première
d’une pièce du Living Theater contre la guerre du Vietnam)
où Bob vient juste de commencer une reprise d’EoB.

23b

Les raisons de ces incertitudes obsédantes
sont, mes chers, structurelles.

24b

Le GALILE de Brecht au théâtre
exige une attention similaire
à celle d’une conférence d’université,
tandis que EoB vous transporte dans un monde de rêveries
suscité par le son et les décors en mouvement,
c’est la raison pour laquelle on peut supporter
cinq heures sans entracte
(hormis à votre propre convenance)
mais qui se sert de cela ?

25b

Comme vous le voyez, mes chers,
la durée d’un spectacle est une chose relative.
Je rêvais éveillé avec ma petite amie en 1973 au BAM
pendant THE LIFE AND TIMES OF JOSEPH STALIN de Bob,
un opéra de douze heures,
et après cela j’ai dû me marier.
On ne sait jamais ce que le théâtre peut vous faire,
mais on ne l’oublie jamais,
surtout si l’on doit payerune pension alimentairependant vingt ans.
En tout cas, je suis bien placé pour avoir des illusionsà propos d’EoB.

26b

La chose qui reste avec vous pour toujours
est, mes chers, le rythme de la musique de Glass qui vous porte vers l’avant,
répétitive et irrésistible comme le bruit
de la locomotive iconique du décor d’EoB.
Il est clair que la musique a été écrite pour le scenario en images,
Et non pour un libretto, qui n’existe pas.

27b

Tout ce qui n’existe pas :
Une fable, un dialogue, personnage, le conflit et la résolution, etc.
donne à la pièce une légèreté libératrice
et permet à l’attention de s’envoler où elle le veut,
il n’y a pas de leçons données dans ce processus
et pas de tentatives d’attirer l’attention,
juste une invitation à rêver éveillé.

28b

La lumière et le mouvement de danse
sont les héros,
Et l’Einstein d’EoB n’est pas un personnage,
Mais une image à multiples facettes.

29b

Comment se rappeler à la fois,
un rêve vieux de trente-six ans,
la durée agréable,
le son quisuscitait le mouvement,
le mouvement qui suscitait le son,
le progrès des syllabes de solfège
comme ordres de mise en scène.

30b

Eh bien, j’étais là,
Je pensais rêver.
Il n’y a aucune autre pièce, mes chers,
Dans laquelle la dialectique du progrès technique
semble mieux évoquer
l’aporie du triomphe et désastre du siècle.

31b

32 Andrzej Wirth est le fondateur de l'Institut d’Arts du Spectacle Appliqués à l’Université de Giessen qu’il a dirigé entre 1982 et 1992 et où il est actuellement Professeur émérite. Il a été résident au Watermill Center dirigé par Bob Wilson. Depuis 1966, il a enseigné dans les universités de Stanford, Harvard, Yale, Oxford, Londres, New York et Berlin. En tant que critique de théâtre, il a entre autre écrit sur Bertolt Brecht, Jerzy Grotowski et Robert Wilson.

Pour citer ce document

Andrzej Wirth, «New York – 1976 - EoB FOREVER/ AN OLD CRITIC THINKS HE REMEMBERS », Agôn [En ligne], Einstein on the beach - 1976 // 2012, Enquêtes, mis à jour le : 24/11/2015, URL : http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2188.