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Einstein on the beach - 1976 // 2012

Bernadette Bost

Avignon - 1976 - Quelques impressions

1 Quelques impressions de Einstein on the beach, vu au Festival d’Avignon en juillet 1976, parmi d’autres impressions tout aussi incertaines d’autres spectacles de Bob Wilson...

  • Un spectacle en noir et blanc, avant cette « picturalisation » de la scène par aplats de lumière colorée qui deviendrait l’un des traits les plus distinctifs de l’artiste : noir et blanc des costumes, blanc des lumières scintillantes sur fond noir ; souvenir du noir et blanc de Deafman’s glance (dans la seconde partie, consacrée au meurtre de l’enfant, car une ombre de couleur apparaissait dans les scènes reprises de Life and times of Docteur Freud) ; anticipation du noir et blanc de I was sitting in my patio...

  • L’extrême abstraction des traits de lumière apparus/disparus comme sur un tableau d’art optique, ou de la barre lumineuse qui mettait un temps infini à s’élever à la verticale (ou à passer de la verticale à l’horizontale ?) et l’extrême onirisme des images surgies des fumées (lente avancée d’un train ou d’un autocar du cosmos), ou des figures d’Einstein jouant du violon et d’un enfant écoutant dans un coquillage le bruit de la mer.

  • Le rigoureux cadrage mathématique des séquences musicales, des suites de chiffres automatisées, des gestes et déplacements répétitifs, et les bouffées de réminiscences (biographiques) des communautés religieuses noires du Sud – dans Deafman’s glance, déjà, l’inoubliable souvenir des nounous noires valsant sur la musique constamment interrompue du Beau Danube bleu, tentative de danse recommencée sur le fil d’une mémoire qui ne cesse de se casser, et la voix, cette fois, du vieil évangéliste noir lisant lentement, comme le psalmodiant, un récit biblique du fond des âges. L’enfant Wilson marqué profondément par cette culture interdite, envers absolu des pratiques corsetées de sa « famille baptiste conservatrice », et blanche.

  • Les lignes droites et les cercles : lignes droites de la danse-marche sur les diagonales de Lucinda Childs, segments de droites des compositions de néon, cercles des évolutions d’Andy DeGroat et arabesques des volutes de fumées. Et semblable alternance dans la musique de Phil Glass de segments droits, sur une seule note, et de motifs circulaires mélodiques.

  • La verticalité et l’horizontalité, la plage et l’espace stellaire, le train ou autocar avançant de droite à gauche et la haute tour barrant l’horizon, les plaines infinies et la montée au ciel du « message »...

  • L’épure minimaliste, et les bavardages contenus à grand-peine, qui éclataient dans A Letter to Queen Victoria, saturaient l’échange impossible, comme un rituel déréglé, de I was sitting in my patio.

  • Pendant un bref moment, la superposition du cri réitéré (« non ! ») sur les litanies contrôlées de chiffres. Rappel de la protestation à la table familiale dans A Letter to Queen Victoria, et annonce de tous ces cris muets ou proférés qui n’ont cessé de trouer (rivalisant avec les traits de drôlerie ou de grotesque) les spectacles de Wilson.

2Impressions remémorées ou reconstitution ? La barre lumineuse et l’enfant au coquillage mis à part, toutes les autres images ont été réactivées par des images de films documentaires. Les images sonores étaient assez prégnantes (plus que les images visuelles, probablement) pour se passer de ce renforcement.

3Une erreur d’enregistrement ? Récemment, en visionnant le film Absolute Wilson, j’ai vu Bob Wilson danser un solo, au début des années 70 ou même un peu avant, dans un studio de danse new-yorkais. Dans une version presque inchangée, cette improvisation chorégraphique très répétitive était présentée un peu plus tard comme le « solo de Bob Wilson » dans Einstein on the beach. Je n’ai pas le souvenir de Bob Wilson présent sur scène en juillet 1976, et j’ai toujours attribué ce solo à Andy DeGroat...

4 Bernadette Bost est professeur émérite d'études théâtrales à l'Université Lumière (Lyon 2). Membre de l'équipe Passages XX-XXI. Travaux sur les rapports entre mise en scène théâtrale et arts plastiques, et sur la dramaturgie moderne et contemporaine. Chroniqueuse de théâtre dans la presse quotidienne de 1969 à 1998 (collaboratrice du Monde comme critique de théâtre et critique d’art de 1983 à 1998).

Pour citer ce document

Bernadette Bost, «Avignon - 1976 - Quelques impressions», Agôn [En ligne], Einstein on the beach - 1976 // 2012, Enquêtes, mis à jour le : 24/11/2015, URL : http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2190.