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Saison 2011-2012

caroline châtelet

Nous tournons en rond dans la nuit...   

La Nuit tombe... de Guillaume Vincent

1Étonnant l'évolution du regard que l'on porte sur un spectacle. Ce mouvement, aussi inévitable qu'inattendu dans le souvenir qu'il laisse, est décuplé en période de festival. L'enchaînement de propositions dans un laps de temps très court crée un effet de stratification rapide, à tel point qu'une proposition assez séduisante lors de sa découverte peut au fil des jours laisser place à un sentiment de plus en plus plus nuancé. Aussi maîtrisé soit le spectacle... Voilà ce qu'inspire La Nuit tombe..., pièce écrite et mise en scène par Guillaume Vincent. Après un passage voici quelques années au Festival d'Avignon côté « Off », le jeune metteur en scène réalise ici sa première incursion dans le « In ». L'occasion pour lui de se coltiner à l'écriture et de produire une pièce sur mesure pour ses comédiens, le texte ayant évolué au fil des répétitions. Et de la même façon que le décor de la chambre d’hôtel dans laquelle se déroule l’action s’inscrit avec ingéniosité et évidence dans la Chapelle des Pénitents blancs – en utilisant avec pertinence l'architecture du lieu –, le texte s'accorde au plus juste aux acteurs. Habitué à travailler avec la même équipe, le metteur en scène Guillaume Vincent construit ainsi une troublante machine à jouer. Au sein de celle-ci se succèdent, à l'heure où « la nuit tombe » des personnages dont les destins ne se croisent pas. Dans la chambre au lustre d'antan, une mère et son enfant, deux sœurs venues assister au mariage de leur père, et un fils et sa mère, occupent successivement l'espace. Lumières tamisées, soubresauts hystériques des personnages, fulgurances dignes de films d'horreur, vaste baie vitrée comportant un carreau cassé : il sourd de cette chambre un brin décrépite et des histoires qui s'y dessinent une atmosphère inquiétante. Entre chien et loup, La Nuit tombe... déploie un monde bancal et tourmenté, où la mécanique des destins s'enraye implacablement. Il y a d'ailleurs dans le montage de cette mécanique une vraie maîtrise. Et qu'il s'agisse de la direction d'acteurs, de l'interprétation des comédiens, du dispositif scénographique conçu par James Brandily, de l'esthétique cinématographique ou de l'emboîtement des histoires, la mise en scène de Guillaume Vincent travaille au plus juste l'instabilité et l'inquiétude. Pourtant, passée la séduction initiale, quelque chose s'effiloche rapidement. Comme si une fois chaque histoire installée et les personnages esquissés – la nuit tombée, en somme –, Guillaume Vincent peinait à préciser le trait. Incapable d'être à la hauteur de l'espace élaboré, le texte condamne alors cette mécanique à fonctionner à vide, avant de se clôturer sur une bien peu inquiétante pirouette.

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Image non disponible

© Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

3 La Nuit tombe...

4texte et mise en scène Guillaume Vincent

5Chapelle des Pénitents Blancs, Festival d'Avignon (In), du 10 au 18 juillet 2012

6Tournée saison 12-13 : du 8 janvier au 2 février 2013 aux Théâtre des Bouffes du Nord à Paris ; les 7 et 8 février au Théâtre du Beauvaisis Scène nationale de l'Oise ; du 13 au 15 février à la Comédie de Reims, ; le 8 mars au Mail Scène culturelle de Soissons ; le 12 mars au Théâtre de Cornouailles scène nationale de Quimper ; les 3 et 4 avril au Centre dramatique national Orléans/Loiret/Centre ; le 8 avril à Alençon scène nationale 61 ; les 11 et 12 avril au Parvis Scène nationale de Tarbes ; du 16 au 19 avril au Théâtre des 13 Vents Centre dramatique national de Montpellier ; le 30 avril à l'Espace Jean Legendre Théâtre de Compiègne.

Pour citer ce document

caroline châtelet, «Nous tournons en rond dans la nuit...   », Agôn [En ligne], Critiques, Saison 2011-2012, mis à jour le : 17/12/2015, URL : http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2283.