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On arrête de se calmer – Regards croisés 2013 (Troisième Bureau, Grenoble)

Aurélie Coulon et Sylvain Diaz

Le Troisième Bureau à l'écoute des écritures contemporaines

« Les auteurs sont d’étranges personnes qui se promènent partout, faisant sans cesse l’aller-et-retour entre les lieux du monde et les lieux de l’écriture.

Voilà : un auteur, c’est un être qui voyage de par le monde. Les bruits du monde infusent dans sa tête, et puis ses mains viennent les traduire.1 »

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 « Comment ça va pas ? », se demandait le Troisième Bureau lors de la deuxième édition du festival Regards croisés, non sans dissonance ni impertinence. Manière de marquer dès le départ le pas de côté de ce collectif grenoblois rassemblant, autour de leur intérêt commun pour les nouvelles écritures dramatiques, des comédiens, des metteurs en scène, des étudiants, des enseignants, des bibliothécaires, des traducteurs, des médiateurs culturels. Tous se réunissent chaque mois pour étudier les textes inédits soumis au collectif par ses différents partenaires tels la Maison Antoine Vitez ou le C.E.A.D. de Montréal. Tous choisissent et mettent en lecture chaque mois un texte présenté aux auditeurs au café La Frise. Tous préparent ensemble le festival du mois de mai, alternant lecture de pièces et rencontres avec des auteurs, des traducteurs, des éditeurs ou des universitaires.

Au cœur de cette belle « manifestation du texte », la pratique de la mise en lecture qui, à l’inverse la mise en scène un temps pratiquée, autorise un autre rapport aux textes, étrangement moins fugace. On se souvient, encore ébloui, d'une lecture particulièrement vibrante des Adieux d'Elfriede Jelinek par Enzo Cormann, quelques mois seulement après la percée du parti de Jorg Haider aux élections législatives autrichiennes, cette toute première édition du festival Regards croisés venant éclairer d’une lumière blafarde notre actualité. La prochaine édition – qui s’ouvrira le 13 mai et se refermera le 18 – ne fera pas exception : « à l’image des lucioles que nous pensons écrasées et anéanties, les dramaturgies que nous présentons à Regards croisés sont comme autant de trouées de lumière qui éclairent l’époque », écrit Magali Mougel, auteure associée au collectif.

 « On arrête de se calmer » : le mot d’ordre – encore une fois dissonant et impertinent – de cette treizième édition du festival Regards croisés est une invitation à mordre à pleines dents dans une programmation gourmande élaborée sous le regard bienveillant de quatre marraines et parrains (Cécile Backès, Fabrice Melquiot, Stanislas Nordey et Blandine Pélissier). Seront données à entendre les voix de Gilles Granouillet, de Jonas Hassen Khemiri, de Christian Lollike, d’Eric Pessan, d’Hakim Bah, de Nicoleta Esinencu et de Pau Miró. Il sera tout à la fois question d’une fuite de gaz, de la destruction d’un pont, de la destruction d’un centre commercial, de l’explosion d’une bombe, d’une caméra de surveillance cachée dans une chaussure et d’étranges animaux urbains.

Et l’aventure de durer depuis 13 ans – si bien que la liste des auteurs lus et invités est maintenant fort longue et très impressionnante, le festival Regards croisés constituant désormais un événement incontournable pour toute personne à l’affût des écritures dramatiques contemporaines, principalement européennes.

Après y avoir longtemps rêvé, Agôn a cette année enfin réuni les conditions matérielles pour mettre en place, au sein de la rubrique « Portraits » elle aussi dévolue aux voix émergentes, un partenariat avec le collectif Troisième Bureau – partenariat qui, nous l’espérons, sera reconduit à l’avenir. La publication de ce dossier se fera exceptionnellement en deux temps, en amont et en aval du festival. Parce que Regards croisés n'est pas seulement un temps de lecture mais aussi un temps d'écriture et qu'Agôn voudrait offrir un lectorat autre qu'exclusivement festivalier à certains des textes publiés dans le cadre de la gazette quotidienne diffusée durant le festival. En amont, la parole a pour le moment été principalement donnée aux comédiennes et comédiens qui dirigeront lors du festival la mise en lecture des pièces au programme. De brefs entretiens en forme de mises en bouche, manière d'inviter le lecteur non grenoblois à aller à la découverte de ces textes qui sont pour certains publiés (la pièce d’Eric Pessan, Tout doit disparaître, est disponible aux éditions Théâtre Ouvert tandis que Buffles de Pau Miró vient tout juste de paraître aux éditions Espaces 34). Le lecteur grenoblois est quant à lui invité à se ruer lundi 13 mai au Théâtre 145…

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« De quels théâtres avons-nous besoin ? », s'interrogeait l’an passé le collectif, question à laquelle, selon Olivier Neveux, on ne saurait apporter de réponse sans formuler d’autres questions. Ce qui est certain, c'est que le Troisième Bureau, structure unique en France – même si elle a de nombreux cousins sous la forme de comités de lecture –, est de celle dont nous avons impérieusement besoin en tant qu'elle nous donne à entendre des voix émergentes qui ne doivent pas rester tues. En mettant en place des partenariats avec des établissements scolaires et des institutions culturelles grenobloises, le collectif interroge la nature de ce « nous » inclus dans la question posée l’an dernier, et travaille à rendre présentes et vivantes les écritures dramatiques au-delà d’un petit cercle de spécialistes et de passionnés. Si nous avons besoin de structures comme celle-ci, c’est parce qu’elles contribuent à élargir ce « nous » en faisant se rencontrer la voix des auteurs, le bruit du monde et la vie de la cité.2

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Nous remercions très vivement pour leur collaboration les membres du collectif Troisième Bureau qui ont accepté de répondre à nos questions, ainsi que Cécile Corbery et Bernard Garnier qui ont rendu ce partenariat possible.

Notes

1  Cécile Backès, extrait d’un texte écrit en réaction à la question de Bernard-Marie Koltès : « Comment voulez-vous que les auteurs deviennent meilleurs si on ne leur demande rien ? », programme de l’édition 2013 du festival Regards croisés, p. 8.

2  Ce texte d’introduction est illustré des affiches de quelques unes des éditions du festival Regards croisés. Pour en découvrir d’autres et découvrir surtout les programmes qui leur sont associés, n’hésitez pas à consulter les archives du Troisième Bureau : http://www.troisiemebureau.com/archives/.

Pour citer ce document

Aurélie Coulon et Sylvain Diaz , «Le Troisième Bureau à l'écoute des écritures contemporaines», Agôn [En ligne], Portraits, On arrête de se calmer – Regards croisés 2013 (Troisième Bureau, Grenoble), mis à jour le : 10/05/2013, URL : http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2597.