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Saison 2012-2013

caroline châtelet

Mon amour, de Thomas Ferrand

L'amour et son motif

1 Dans l'un de ses précédents spectacles, Extase de Sainte Machine, Thomas Ferrand mettait en scène deux comédiens dans un espace nu. Debout avec à leurs pieds un pack de bières, ceux-ci ne bougeaient pas, ne parlaient pas, seule l'intensité lumineuse et la musique amenant le mouvement. Proposition radicale par son atmosphère dérivant du contemplatif à l'hypnotisme, Extase de Sainte-Machine frôlait, aussi, une forme d'hermétisme. Comme si à vouloir travailler sur des états statiques, sur le motif – motif des corps face aux couleurs et aux sons – Thomas Ferrand s'enferrait dans une forme sans pouvoir la renouveler ni l'interroger. C'est ce tropisme du motif, plutôt intéressant par sa volonté d'explorer un état et d'en définir les contours et limites, que l'on retrouve dans Mon amour. Là, le metteur en scène prend comme matériau initial la figure de Dom Juan. Il ne s'agit pas ici de donner à entendre la pièce de Molière, mais une partie du dialogue entre Dom Juan et Charlotte, soit la déclaration et les serments du jeune homme à la paysanne. Ce texte, c'est Laurent Frattale, comédien avec qui Thomas Ferrand collabore régulièrement, qui l'apporte. C'est le même Frattale que l'on retrouve en scène, avec face à lui Sandra Devaux en mutine et insolente Marguerite (en alternance avec Virginie Vaillant). Tous deux, dans un jeu parfaitement maîtrisé et un mouvement allant crescendo, se livrent à la répétition inlassable du dialogue. Dans ce qui devient autant une jolie joute verbale et physique qu'un exercice ludique et déraisonné, les comédiens portent le texte jusqu'à le vriller. Le rythme s'accélère, les gestes deviennent absurdes et la conversation elle-même s'enraye, les rôles s'inversent, se reprennent ou se répètent. L'atmosphère sucrée de beauté et de pureté initiale renvoyant à la sincérité (?) de la déclaration d'amour cède la place à la colère et au dérèglement, avant de se suspendre brusquement. Sans résolution ni achèvement – on vous l'a dit, la question ici est celle du motif et de sa déstructuration – mais sans, non plus, réaliser la mise à nu annoncée [« mon amour est une version hallucinée du Dom Juan de Molière dont il ne subsiste qu’une logorrhée infernale et saccagée », Thomas Ferrand, extrait du dossier de presse du spectacle]. Et tandis que la destruction du dialogue et du jeu, en se donnant comme trop lisible, volontariste et appuyée, empêche l'installation d'une véritable tension, le « saccage » lui-même laisse un goût d'inachevé. Le démontage de la mécanique amoureuse demeurant seulement esquissé, Mon amour s'offre comme un geste à la beauté formelle réelle – telle la scénographie fleurie aux teintes pastels de Sallahdyn Khatir à l'esthétique séduisante –, et au propos embryonnaire et léger.

2

Image non disponible

© Mathilde Delahaye

3Mon amour

4Théâtre de la Cité Internationale, Paris

5du lundi 13 mai au samedi 1er juin

6 www.theatredelacite.com

Pour citer ce document

caroline châtelet, «Mon amour, de Thomas Ferrand», Agôn [En ligne], Critiques, Saison 2012-2013, mis à jour le : 17/12/2015, URL : http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2603.