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(2015) N°7 : La Distribution

n-7-la-distribution Au début des années 1980, une enquête menée auprès de metteurs en scène pose la question des modalités, concrètes et symboliques, de la distribution. Mis à part cette enquête, exclusivement ancrée dans le champ théâtral, aucune étude systématique n’a été consacrée à la distribution dans les arts de la scène, alors même que celle-ci engage et articule des questionnements  décisifs, au croisement de l’artistique, du politique et de l’économique.

L’apparente simplicité avec laquelle on définit la distribution – répartition entre les interprètes des rôles ou partitions d’une œuvre (théâtrale, chorégraphique, performative…) – ne doit en effet pas occulter les questions qui s’y embusquent et qui méritent d’être posées. En fonction de quels critères et de quels principes s’effectue cette opération de partage des rôles ? Quel en est l’agent responsable ? De quelle manière la distribution interagit-elle avec la création et/ou la réception d’une œuvre ? En quoi détermine-t-elle des rapports de force ou de dépendance, politiques, symboliques et économiques, opérant aussi bien au sein des équipes de création (entre l’interprète et le/la maître/sse d’oeuvre, entre les interprètes eux/elles-mêmes) que vis-à-vis des contextes dans lesquels les oeuvres s’inscrivent ?

Opération à la fois discrète (puisqu’elle a lieu dans les amonts de la création) et manifeste (elle s’impose dans toute sa visibilité au public), la distribution est ce geste qui conditionne l’existence et détermine l’oeuvre de part en part : ses processus de création, sa dramaturgie, son économie, son inscription dans l’espace social et dans le champ des imaginaires collectifs, qu’elle contribue tour à tour à conforter, subvertir, déconstruire voire enrichir. Loin de n’être qu’un geste circonscrit au champ artistique, la distribution s’articule en effet toujours à un principe ordonnateur (consensuel ou dissensuel, majoritaire ou minoritaire, théorique ou pragmatique) qui la déborde et qu’il importe de mettre au jour, car c’est à travers lui que s’actualise la dimension idéologique et donc politique de ces constructions symboliques que sont les oeuvres.

En décidant de consacrer son dossier n°7 (dirigé par Barbara Métais-Chastanier, Anne Pellois et Julie Sermon) à la question de la distribution, la revue Agôn a donc eu pour volonté d’attirer l’attention des chercheur.e.s et d’inviter les artistes à s’exprimer sur cet impensé des arts vivants, et pour ambition de tenter de circonscrire un champ dont l’acuité – et l’actualité – des problématiques qu’il soulève (qu’on pense, dernièrement, à Exhibit B de Brett Bailey ou à l’Othello blanc de Luc Bondy) n’ont finalement d’égal que la difficulté à les saisir dans leurs différentes dimensions et conséquences. Dans cette introduction, nous nous proposerons d’ouvrir à la complexité de questions qui ne manqueront pas de trouver des réponses (circonstanciées) et des prolongements (singuliers) dans la lecture des articles qui constituent ce dossier.