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Michel Simonot

Pierre Longuenesse

Michel Simonot, un portrait, des seuils

Le moins que l’on puisse dire est que dresser un portrait de Michel Simonot semble tenir de la gageure, tant son parcours est multiforme, complexe – et passionnant à plus d’un titre. Dans une « première vie » – mais jamais séparée des autres – Michel Simonot suit, des années 1960 jusqu’à sa retraite (« volontairement prématurée ») en 2003, un parcours d’enseignant-chercheur à l’université, en tant que sociologue de la culture. Mais ce parcours le conduit également à occuper des fonctions au sein même de l’institution culturelle, à la maison de la Culture du Havre d’abord, puis à l’ANFIAC et à France Culture. Enfin et surtout – du moins pour ce qui nous occupe ici, car on ne décèle, dans ces facettes multiples, aucune hiérarchie –, son parcours est en même temps artistique, puisqu’il a écrit depuis les années 1990 une quinzaine de textes, certains brefs, d’autres moins, certains édités, d’autres non (ou pas encore), et la plupart pour la scène.

Un temps artiste associé au TGP, alors dirigé par Alain Ollivier, Michel Simonot l’est de nouveau aujourd’hui à la friche Anis-Gras, « le lieu de l’autre » (animée par Catherine Leconte), à Arcueil, en banlieue parisienne. Il y concentre une bonne partie de ses activités présentes, entre écriture, collaboration à des créations (avec par exemple, Franck Vigroux, Estelle Bordaçarre Claude Bernhardt…), et lectures de ses textes ou de ceux des autres. Sa dernière pièce, Le But de Roberto Carlos , qu’a choisi de lire Stanislas Nordey à Théâtre Ouvert, et qu’il a lue lui-même récemment avec la complicité du comédien et metteur en scène Jean-Marc Bourg, y a été écrite lors d’une résidence en 2013, et sera montée par Stéphanie Loïk, à l’automne 2014. C’est à Anis-Gras que nous avons beaucoup croisé Michel Simonot pour travailler à cet entretien – et aussi, bien sûr, à partir du colloque À l’écoute des écritures théâtrales depuis 2000 – Poétiques et conditions d’émergence organisé par les universités d’Artois et de Strasbourg auquel a pris part le groupe Petrol, dont il est membre avec Lancelot Hamelin, Sylvain Levey et Philippe Malone.

Aussi pluriel qu’il soit, ce parcours à multiple facettes n’en est pas moins fédéré souterrainement par un questionnement obstiné sur le rapport qu’entretiennent avec le réel, alternativement ou simultanément, le chercheur comme l’artiste et l’écrivain ; réel, social, politique, humain… La réflexion du sociologue, en ce sens, vient « informer » le geste d’écriture, constamment lucide sur sa responsabilité dans le regard porté sur cette réalité. Écrire pour le théâtre inclut ainsi d’emblée une réflexion sur le théâtre lui-même, sur la représentation, sur l’usage du langage, voire, au bout du compte, sur les relations entre poésie, théâtre, et musique. Ce qui se dégage alors d’un tel parcours, c’est peut-être plus un questionnement que des thèmes de prédilection, ou une forme récurrente ; une posture constamment « au seuil », entre recherche et écriture, entre les mots et le plateau, entre le politique et le poétique, entre l’intime et le collectif, sur un fil de funambule où l’exploration intérieure accompagne sans cesse un regard aigu sur la violence ultra-libérale du monde d’aujourd’hui.

Pour citer ce document

Pierre Longuenesse, «Michel Simonot, un portrait, des seuils», Agôn [En ligne], Portraits, Michel Simonot, mis à jour le : 11/04/2015, URL : http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3169.

Quelques mots à propos de :  Pierre  Longuenesse

Metteur en scène, maître de conférences en arts du spectacle à l'Université d'Artois