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Points de vue

Gertrude Stein

Tous les après-midis

Un dialogue

Benjamine d’une fratrie de cinq enfants, Gertrude Stein part, à trois ans, pour Vienne puis pour Paris. En 1878, de retour en Californie, elle étudie la médecine et la psychologie pendant quelques années avant de quitter l’Amérique en 1903. Elle s’installe alors à Paris, en compagnie de son frère Léo Stein, dans un hôtel à Montparnasse. Le 27 rue de Fleurus devient rapidement un centre de la vie artistique, le lieu de rencontre des avant-gardes. Les grands noms d’hier et d’aujourd’hui s’y succèdent jusqu’en 1929 : André Green, Picasso, Robert Delaunay, Marie Laurencin, Jean Cocteau, Natalie Clifford-Barney, Ezra Pound, Julien Green, Romaine Brooks, John Dos Passos, Guillaume Apollinaire, Marcel Duchamp, T.-S. Eliot, Mina Loy, Djuna Barnes, Man Ray...          

   Après avoir couvert, sans succès, les mille pages de The making of American, Gertrude Stein rencontre son public 1933 avec L'autobiographie d'Alice B. Toklas, autobiographie fictive de son amante.

À l’image des Pièces en dix minutes de Djuna Barnes, nous publions ici la traduction d’une courte pièce extraite de Geography and Plays (1922), Tous les après-midiUn dialogue, traduite par Nicolas Doutey.

Cette pièce a été publiée pour la première fois en français dans le numéro 6 de la revue [ avant-poste ], Paris, 2008, accompagnée de quatre autres pièces de Gertrude Stein inédites en français (trad. Nicolas Doutey), et d’un entretien avec Olivier Cadiot sur Gertrude Stein.

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Je me lève.

Alors comme ça tu te lèves.

Nous sommes ravis l’un de l’autre.

Pourquoi l’êtes-vous.

Parce que nous sommes pleins d’espoir.

Avez-vous une raison de l’être.

Nous avons une raison de l’être.

Quelle est-elle.

Je ne suis pas prête à le dire.

Y a-t-il du changement.

Bien sûr.

Je vois ce que vous voulez dire.

Je ne pense pas que ce soit nécessaire pour moi d’enseigner des langues.

Ce serait idiot de votre part de le penser.

Ça le serait ici.

Ça le serait partout.

Peu m’importe le Pérou.

J’espère que oui.

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Est-ce que je commence ça.

Oui vous avez commencé ça.

Bien sûr qu’on a commencé ça.

Oui assurément on a commencé.

Quand parlerons-nous d’un autre.

Pas aujourd’hui je vous l’assure.

Oui c’est certain vous l’avez mentionné.

Nous avons tout mentionné.

À un autre.

Je ne souhaite pas de raisons.

Vous voulez dire qu’on vous l’apprend tôt.

C’est exactement ce que je veux dire.

Et je ressens la même chose.

Vous avez le sentiment que c’est la même chose.

Ne le tentez pas.

Non ne le tentez pas.

Ce soir il n’était pas question de tentation il n’était pas intéressé le moins du monde.

Elle non plus.

Bien sûr qu’elle n’était pas tentée.

Ce n’est vraiment pas nécessaire de lui demander.

Il m’a semblé que c’était nécessaire.

Oui.

Oui certainement.

Et quand avez-vous des loisirs.

Lire et tricoter.

Lire ou tricoter.

Lire ou tricoter.

Oui lire ou tricoter.

Le soir.

Activement au début.

Il était très installé.

Où était-il installé.

A Marseille.

Je ne peux pas comprendre les mots.

Ah non.

Vous êtes si facilement trompée vous ne demandez pas ce qu’ils décident qu’est-ce qu’ils vont décider.

Il n’y a pas de raison.

Non il n’y a pas de raison.

Entre les repas.

Est-ce que vous cousez vraiment.

Il m’était tellement indispensable.

Nous sommes aussi ravis l’un que l’autre.

Venez et restez ici.

Allez.

Voulez-vous être grossier.

Le voulait-il.

Je vous demande pourquoi.

Demain.

Oui demain.

Tous les après-midis.

Un dialogue.

Qu’avez-vous fait à votre chien.

Nous l’avons envoyé à la campagne.

Posait-il problème.

Pas du tout mais nous avons pensé qu’il y serait mieux.

Oui ce n’est pas bon de garder un gros chien en ville.

Oui je suis d’accord avec vous.

Oui.

Approchant.

Oui bien sûr.

Soyez rapide.

Pas dans la respiration.

Non vous savez que peu vous importe.

Nous avons dit oui.

Venez par là.

On aurait dit le bruit d’un animal.

Attendiez-vous quelque chose.

Je ne sais pas.

Savez-vous quelque chose de tout cela.

Je n’y crois pas vous savez.

Elle y croyait.

Eh bien ils sont différents.

Je ne suis pas très prudente.

Redites ça.

Ici.

Pas ici.

Ne reçoivent pas de bois.

Ne reçoivent pas de bois.

Eh bien on y est allé et on l’a trouvé.

Demain.

Venez demain.

Venez demain.

Oui nous avons dit oui. Venez demain.

Approche très bien. Ne soyez pas irascibles. Ne dites pas qu’on ne vous l’a pas dit. Vous savez que je veux un télégramme. Pourquoi. Parce que les empereurs n’en voulaient pas.

Je ne me souviens pas de ça.

Peu m’importe depuis un bout de temps.

Depuis un bout de temps à mourir.

Pourquoi pas.

Parce que je l’apprécie.

C’est ce qu’elle a dit.

Nous avons dit ça.

Nous viendrons avec plaisir samedi.

Elle ira.

Oh oui elle ira.

Qu’est-ce qu’une conversation.

Nous pouvons tous chanter.

Beaucoup de personnes viennent ici.

Beaucoup de personnes viennent ici.

Pourquoi la journée passe-t-elle si vite.

Parce que nous sommes très heureux.

Oui c’est comme ça.

C’est ça.

C’est tout.

Pour qui ça compte les pâquerettes.

Vous m’entendez.

Oui je vous entends.

Très bien alors expliquez.

Que les pâquerettes ça compte pour nous.

Entrez entrez.

Oui et je ne pleurerai pas.

Non bien sûr.

Nous allons pique-niquer.

Oh oui.

Nous sommes très heureux.

Très heureux.

Et contents.

Et contents.

Nous allons écouter Tito Ruffo.

Ici.

Oui ici.

Oh oui je m’en souviens. Il doit venir ici.

Pour commencer qu’est-ce qu’on a acheté.

Grondant.

Si vous vous souvenez vous vous souviendrez d’autres choses qui vous font peur.

Ah oui.

Oui et il n’est pas nécessaire que l’explication ne soit pas dans le fait que vous marchiez la première de marcher la dernière de marcher derrière moi la seule raison pour laquelle il y a plein de chambres c’est que je le choisis.

Ensuite nous dirons qu’il va pleuvoir.

L’autre jour il y avait un grand clair de lune.

Pas ici.

Non pas ici mais en tout il y a ici plus de clair de lune qu’en Bretagne.

Reviens.

Rentre encore.

Revenant.

Rentrant encore.

Reviens.

Je dis que je comprends l’appel.

L’appelant.

Oui Polybe.

Viens.

Viens.

Reviens et rapporte un livre.

On le rencontre si souvent.

Nous voulions nous occuper de ça. Vous voulez dire la lumière.

Je suis fière d’elle. Vous avez toutes les raisons de l’être et elle le prend de manière si naturelle.

C’est mieux que ce soit ses mains.

Oui bien sûr.

Ça n’a pas de prix.

Les républiques sont si ingrates.

Désirez-vous apparaître ici.

Pourquoi bien sûr dans ce sens-là.

Je ne connais pas ces mots.

C’est vraiment atroce.

Vous le voyez bien.

Je ne vois pas ça comme ça.

Non vous ne verriez pas vous préféreriez les mots bien et grand.

Dites-le-moi.

Vous savez que je n’ai jamais voulu qu’on me fasse des reproches.

Un effort pour manger rapidement.

Lui avez-vous promis.

Lui ai-je promis les bois.

Les bois.

Pas maintenant.

Vous voulez dire pas maintenant.

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1916.

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Pour citer ce document

Gertrude Stein, «Tous les après-midis», Agôn [En ligne], Points de vue, mis à jour le : 19/10/2010, URL : http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=619.