Aller à la navigation  |  Aller au contenu

Extraits du dossier dramaturgique

Le paysage est celui de la région d’Orel

Orël

1Le climat de cette région (prononcer « Ariol »2) est continental et modéré (moyenne de -10 en janvier et 19 en juillet).

2Du fait de sa situation géographique en Russie centrale et au sud de Moscou, il est improbable qu'il fasse jour à deux heures du matin en mai, ou à tout autre période de l'année. Le phénomène des « nuits blanches » s'observe beaucoup plus au nord de la Russie, par exemple à Saint-Petersbourg. Si Tchékhov choisit de donner des indications sur l'aube si tôt le matin, c'est probablement pour donner une dimension onirique et symbolique à la pièce, notamment au premier acte où le thème du sommeil et de l'insomnie est présent et où il est question des contradictions de la nature (la cerise est en fleurs alors qu'il gèle encore). Epikhodov souligne qu'il y quelque chose d'inapproprié dans le climat. Cela rajoute à la confusion temporelle présente dans l'ensemble de la pièce.

3Le paysage, entre steppes et forêts, est représentatif de la Russie centrale. Cette région est encore agricole et forestière. D’après le site officiel de la région, le rapport à la nature, est très important aux yeux des habitants qui considèrent que leur terre et leur culture sont intrinsèquement liées.

4Orël est également connue pour ses sanatoriums, dont certains ont subsisté jusqu’à aujourd’hui, spécialisés notamment dans le traitement des maladies respiratoires.

5Enfin, Orël est une ville de littérature, très prisée par les auteurs russes. Tourgueniev et Andreev y sont nés. Bounine, Apoukhtine et Markovitch (Marko Vovtchok) y ont vécu ; Pouchkine, Joukhovski, Gogol, Ouspenski et Korolenko venaient y séjourner régulièrement.

6On peut encore visiter une partie du manoir que fit construire le grand-père de Tourgueniev ; celui-ci y a passé son enfance et sa jeunesse, il y revenait presque tous les étés. Tourgueniev a écrit G. Flaubert: "Vous voudriez connaître l’aspect de mon habitation. C’est une maison en bois. Très vieille, recouverte de planches de bois, peintes en bleu. Il y a aussi une véranda qui sert d’entrée. La partie supérieure de la maison est inhabitable, et les fenêtres sont clouées". Cette maison avait presque 20 pièces ! Chacun peut y projeter son fantasme de cerisaie…

Image non disponible

Les paysages d’Isaac Levitan

7 Tchékhov et Levitan (1860-1900) se sont rencontrés dans les années 1870 par l’intermédiaire du frère de Tchékhov, Nicolaï, lui aussi peintre et étudiant à l’Ecole de Peinture, de Sculpture et d’Architecture de Moscou. Au début des années 1880, Levitan, Anton et Nicolaï Tchékhov collaborent pour le magazine illustré « Moscou ». Tchékhov devint l’un des plus proches amis de Levitan, qui lui rendait souvent visite. En visite à Yalta, Levitan peignit pour Tchekhov un paysage des environs de Moscou, panneau encastré dans le haut de sa cheminée dans son bureau : « Un pré, des meules, au loin une forêt, et sur tout cela règne la lune » (Lettre à Olga, 2/01/1900). Levitan passa la dernière année de sa vie (1899) dans la maison de Tchékhov en Crimée.

8Il est fort probable que les paysages de Levitan ont influencé Tchékhov ; ils faisaient partie de son imaginaire. Stanislavski s’en est inspiré pour ses décors.

Image non disponible

9Levitan ne peint pas la ville, mais des paysages de forêts et de campagne, sans présence humaine. Son œuvre est souvent perçue comme une réponse au charme lyrique du paysage russe. Il est connu pour ses paysages appelés « paysages d’humeur » ou paysages-états d’âme, concept créé vers la fin des années 1870. La forme et la condition de la nature environnante sont porteuses des conditions de l’âme humaine.

10 Le Monastère silencieux est un tableau qu’il peint en 1890. Il représente un monastère relié au monde par un pont de bois qui enjambe une rivière. Le tableau fit une grande impression sur Tchékhov à l’époque, et peut-être peut-on y voir une influence sur le paysage de la Cerisaie à l’acte II (la chapelle abandonnée et au loin les contours de la ville, l’évocation du chemin de fer qui reliera bientôt la propriété à la ville, comme le pont de bois relie le monastère au monde extérieur).

Image non disponible

11frfr

Image non disponible

12 Bou

Notes

1  Lettre de Stanislavski à Tchekhov, le 19 novembre 1903.

2 Orël : http://turgenev.org.ru/lit_orel/

Pour citer ce document

, «Le paysage est celui de la région d’Orel», Agôn [En ligne], Enquêtes, Recherches dramaturgiques sur La Cerisaie, Extraits du dossier dramaturgique, Dramaturgie des arts de la scène, Théâtre et dramaturgie, mis à jour le : 28/04/2009, URL : http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=840.