Aller à la navigation  |  Aller au contenu

Extraits du dossier dramaturgique

Le quadrille de l’acte III

Table des matières

La danse est surtout présente au troisième acte de La Cerisaie avec le quadrille que dirige Pichtchik. Dans cet acte, Lioubov fredonne également une lezguinka (danse caucasienne au rythme rapide) et « on entend dans le vestibule les accords d’une valse […] Tout le monde danse. »

La valse de Tchekhov a été remplacée par une polka dénuée de sensualité chez Stanislavski. Le metteur en scène ne tient pas non plus compte de la dernière didascalie de l’acte, dans laquelle Tchekhov précise que les musiciens jouent en sourdine : il fait en sorte que les invités « dansent et tapent des pieds, cela prend déjà des tournures de cabaret. Dans la salle de billard, le jeu bat son plein ».

Qui danse ? Lioubov danse avec Trofimov, Ania avec Trofimov, puis Pichtchick invite Lioubov. Stanislavski reprend les couples déjà imposés par Tchekhov et fait danser Pichtchik et Charlotta, Ania et le receveur des postes, Varia  et le chef de gare, des invités…

Qui ne danse pas ? Lopakhine est absent du bal et même quand il revient, il ne danse pas en couple : aucun partage, aucun divertissement, qui serait une perte de temps et d’argent. Firs ne danse pas : il fait son travail de domestique. Iacha pourrait danser puisque Douniacha qui est elle aussi domestique danse ; cependant elle danse à la demande de « Mademoiselle », car il n’y a pas de assez de cavaliers.

On peut également relever d’autres mouvements qui évoquent la danse et/ou pourraient devenir des pas de danse lors du passage à la scène : par exemple, l’envie « de sauter, d’agiter les bras » de Lioubov dans l’acte I, ou l’entrée de Trofimov qui lui baise la main et l’enlace pour une brève étreinte dans les larmes, danse de mort… Lopakhine, propriétaire de la cerisaie « tape des pieds ». Stanislavski le fait danser dans l’acte II : « Brusquement il est heureux et se met à chanter et à danser de manière ridicule, cela ne lui convient pas de faire le fou » (cahier de régie, 74).

Le quadrille

Le quadrille est l’héritier de l'ancienne contredanse française du XVIIIe siècle ; c’est une danse de bal en vogue dès le début du XIXe siècle et jusqu'à la Première Guerre mondiale (en France). Le quadrille se danse généralement à quatre couples disposés en carré : couples principaux et couples latéraux, mais le nombre de couple peut varier. Une figure de danse sera exécutée d’abord par les couples principaux puis répétée par les couples latéraux, et comporte, dans sa version de base, les cinq figures suivantes : le pantalon, l'été, la poule, la trénis, remplacée vers 1830 par la pastourelle, et la finale. Les principaux  termes techniques du quadrille sont la « chaîne anglaise », la « balance », la « chaîne des dames » et la « promenade ».

Stanislavski imagine que la connaissance qu’à Pichtchik du quadrille est immense et qu’il énonce d’autres pas. A l’inverse, étant donné la première didascalie, les termes employés par Pichtchik pour guider les danseurs et la composition sociale hétérogène du salon, nous avons retenu un modèle de quadrille assez simple : le « Quadrille des Familles – Que l’on peut danser en tout lieu et se dansant sur toutes les musiques des quadrilles » (description ci-jointe).

Giraudet donne la description de ce quadrille dans le chapitre III de son Traité de la danse (1890). Il décrit différents quadrilles alors à la mode, comme le  « quadrille des Lanciers », le « quadrille croisé », le « quadrille Français », le « quadrille Américain » ou encore le « quadrille dit des danseurs Parisiens » qui « exige des danseurs une habileté consommé, et de véritable aptitudes professionnelles ». Le chapitre commence avec quelques mots sur la contre-danse et la farandole : « il est rare aujourd’hui qu’une soirée dansante n’ait pas sa farandole très animée : c’est par elle que l’on termine généralement les quadrilles ». En 1912, Giraudet a publié un tome 2 du Traité de la danse dans lequel il décrit une cinquantaine de quadrilles et leurs variantes. Il y reprend le « (Grand) Quadrille des familles » et y décrit également le « Quadrille russe » (1856) qui se danse à deux couples, et le « Quadrille-Mazurka » dans lequel on utilise le « pas de basque » appelé également « pas russe » (pas sauté sur un pied, l’autre jambe en l’air, puis pas glissé en avant avec un coup de talons de l’autre pied). Pour le quadrille russe, voir ci-jointe la description détaillée qu’en donne G. Desrat (Dictionnaire de la danse, 1895).

Le Quadrille tel qu’il se dansait à ses origines (1988) de Yves Guillard nous donne quelques explications simples sur le « Balancez » :

Dès le début du siècle, il apparaît que le pas de balancé peut être remplacé par d’autres pas comme le « Coupé Baloté », le « Sissone Baloté », le « Rigadon » (T. Wilson, The Quadrille and Cotillion Panorama, 1818).

« En 1899, Lussan Borel [Traité de danse] décrit ainsi le Balancé :

1e Glissant le pied droit de côté à droite et rassemblant le pied gauche, pointe basse, derrière le talon droit.

2e Puis l’inverse…

A la même époque, G. Desrat fait encore plus simple : il indique au sujet du Balancé et du Tour de main que « ces deux phrases sont supprimées et remplacées par un salut et une révérence suivis d’un moment de repos » (p. 37).

Pour la musique, Guillard renvoie aux partitions de Musard (milieu du XIXe) et de Dupeyrat et consort (fin du siècle et début du XXe)

Quadrille des Familles1

Que l’on peut danser en tout lieu

Et se dansant sur toutes les musiques des quadrilles

Ce quadrille a été accepté dans tous les salons. Il peut se danser par autant de couples que l’on désire, aussi bien en nombre pair qu’en nombre impair. Les personnes n’ayant aucune notion de danse peuvent tout aussi bien y prendre part que les personnes qui le connaissent ; il suffira d’écouter les indications du cavalier conducteur ou simplement de l’observer.

1 e Figure. – La promenade

8 mesures d’introduction. – 32  mesures répétées deux fois

1e Promenade. – 16 mesures

Tous les couples dansant, étant placés en rond autour du salon, les cavaliers donnent le bras droit à leur dame et font une promenade en partant à droite et en tournant à gauche, pour revenir au point de départ.

2e Moulinets des dames. – 16 mesures

Les dames se divisent en 2, 3 ou 4 groupes, plu ou moins égaux. Toutes les dames se donnent  main droite à main droite au centre et exécutent un moulinet en partant à gauche et tournant à droite ; elles se quittent la main droite et font faire un tour de main gauche avec leurs cavaliers pour revenir chacune à leur place. Le cavalier et la dame de chaque couple se saluent.

3e Promenade. – 16 mesures

Refaire la promenade comme il a été dit ci-dessus, mais enn partant à gauche et en tournant à droite.

4e Moulinets des Cavaliers. – 16 mesures

Les cavaliers se divisant plusieurs groupes se donnent  main gauche à main gauche, font un moulinet en partant à droite et tournant à gauche, ils se quittent la main et font faire un tour de main droite avec leurs dames pour revenir à leur place. Le cavalier et la dame de chaque couple se saluent.

2 e Figure. – Les ronds

8 mesures d’introduction. – 24 mesures dansantes répétées deux fois

1e Dos à dos. – 24 mesures

Tous les cavaliers et dames se donnent les mains en rond, vont en avant, en arrière, en avant, se quittent les mains, les dames tournent le dos au centre du quadrille en faisant face à leurs cavaliers. Ceux-ci se donnent les mains en rond, vont en avant, saluent leurs dames, vont en arrière, puis sans se quitter les mains, décrivent un cercle en partant sur leur gauche. Arrivés en face de leurs dames, ils se quittent les mains et font avec elles un tour des deux mains pour revenir à leur place. Le cavalier et la dame de chaque couple se saluent.

2e Dos à dos. – 24 mesures

Tous les cavaliers et dames se donnent les mains en rond, vont en avant, en arrière, en avant, se quittent les mains, les cavaliers tournent le dos au centre du quadrille en faisant face à leurs dames. Les dames se donnent les mains en rond, vont en avant, saluent leurs cavaliers, vont en arrière, et, sans se quitter les mains, décrivent un cercle à droite. Arrivées en face de leurs cavaliers, elles se quittent les mains et font avec eux un tour des deux mains pour revenir chacun à leur place. Le cavalier et la dame de chaque couple se saluent.

3 e Figure. – Les chevaux de bois

8 mesures d’introduction. – 32 mesures dansantes répétées deux fois

1e Chevaux de bois des Cavaliers. – 32 mesures

Chaque cavalier enlace la dame de son bras droit et fait avec elle une promenade en partant sur sa droite en tournant à gauche. A chaque signal du cavalier conducteur, chaque cavalier quitte sa dame, enlace la dame qui se trouve devant lui, et toujours ainsi jusqu’à ce qu’il ait retrouvé sa dame avec laquelle il s’arrête à sa place. Le cavalier et la dame de chaque couple se saluent.

2e Chevaux de bois des Dames. – 32 mesures

Les cavaliers enlacent ou donnent le bras à leurs dames et font avec elles une promenade en partant sur la gauche en tournant à droite. A chaque signal du cavalier conducteur, les dames quittent leurs cavaliers et vont trouver les cavaliers qui se trouvent devant elles, qui les enlacent, et toujours ainsi jusqu’à ce qu’elles aient retrouvé leurs cavaliers avec lesquels elles s’arrêtent à leur place. Le cavalier et la dame de chaque couple se saluent.

observation. – Je laisse au cavalier conducteur le soin de presser plus ou minas les signaux, suivant que le nombre des couples sera plus ou moins grand. Si le nombre des couples était supérieur à 20, je conseillerais de diviser le grand rond en deux petits.

4 e Figure. – Les Ponts

8 mesures d’introduction. – 32 mesures dansantes répétées deux fois

1e Pont. – 32 mesures

Tous les couples se donnent les mains en rond et vont en avant et en arrière. Le cavalier qui se trouve en face du cavalier conducteur lève les mains avec sa dame afin de former un pont. Le cavalier conducteur, suivi des couples qui se trouvent à sa gauche entre lui et le pont, va passer sous le pont et revient à sa place en décrivant un demi-cercle à gauche ; en même temps, la dame conductrice suivie des couples qui se trouvent en elle et le pont va passer sous le pont et revient à sa place en décrivant un demi-cercle à droite. Le cavalier et la dame du couple qui a formé le pont ont dû passer aussi sous le pont sans se quitter les mains et ne pivotant sur eux-mêmes.

2e Second Pont. – 32 mesures

Le couple conducteur se donne les mains et tous les couples vont en avant et en arrière. Cette fois le couple conducteur lève les bras pour former un pont, tandis que le couple, qui avait d’abord levé les mains, étant suivi des autres couples, va passer sous ce pont comme il a été dit au 1e de cette figure. Chacun étant revenu à sa place, le cavalier et la dame de chaque couple se saluent.

observation. – Si le nombre des couples n’est pas supérieur à vingt, on pourra faire cette figure comme il suit : faire exactement le 3e de la 4e figure du quadrille croisé des sociétés, le couple conducteur sera le couple n°1, et celui qui se trouve à sa droite sera le couple n° 3. On devrai faire cette figure autant de fois que la musique le permettra. Le pont sera formé dans ce cas par le couple conducteur d’abord, puis successivement par les couples qui se trouvent à sa gauche.

5 e Figure. – L’escargot

8 mesures d’introduction. – 32 mesures dansantes répétées quatre fois

Tous les couples se donnent les mains en rond, à l’exception du cavalier conducteur qui ne donne pas la main gauche à la dame qui se trouve à sa gauche. Le couple conducteur, suivi des autres, va en serpentant dans le salon, et s’enroule en escargot autour d’une colonne, d’une chaise ou même d’un couple, préalablement placé au milieu du salon, diminuant successivement les cercles ; il se déroule ensuite en allant ne sans inverse comme l’indique la (Fig. 285). Tout le monde se quitte les mains et chaque cavalier, donnant le bras à sa dame, la reconduit à sa place.

Image non disponible

La Trénis- Contredanse. Le bon genre, 1805.

Image non disponible

Dos à dos - Accident de quadrille. Caricature de George Cruikshank, 1817.

rien

Notes

1  Eugène Giraudet, Traité de la danse, seul guide complet renfermant 200 danses différentes de salons, Grands Bals, Sociétés, Théâtre, Concert, Province et Etranger, Paris, 1890.

Pour citer ce document

, «Le quadrille de l’acte III», Agôn [En ligne], Dramaturgie des arts de la scène, Recherches dramaturgiques sur La Cerisaie, Extraits du dossier dramaturgique, Enquêtes, Théâtre et dramaturgie, mis à jour le : 27/11/2015, URL : http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=842.