Site principal http://agon.ens-lyon.fr Description de votre site fr Avignon, 23 juillet : Ibsen Huis, de Simon Stone http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3513  « La Maison d’Ibsen » : simple, minimal, ce titre est une sorte de concrétion, résumant à la fois l’ambition et la forme de ce projet de Simon Stone. Réunissant les comédiens du Toneelgroep Amsterdam, Ibsen Huis déploie à l’échelle d’une maison un univers inspiré des pièces du dramaturge norvégien (1828-1906). Comme le déclare le jeune metteur en scène australien dans un entretien – preuve que, parfois, les déclarations d’intention concordent avec la réalité, « Les thèmes et les personnages émanent de l’univers d’Ibsen. Les sources sont plus utilisées comme des atmosphères et donnent le ton moral de la pièce, son orientation possible. Le sens littéral est moins important. Il n’est pas le sujet directement traité. » Ainsi, l’on suit dans cette création Cees, son frère Thomas avec qui il travaille dans son cabinet d’architecte, Daniel fils de Thomas et neveu de Cees, Caroline, sœur de Daniel, et puis les autres frères, sœurs, neveux, petits-enfants. Il y a, d’un côté, des références (Les Revenants, Un ennemi du peuple, Une maison de poupée, Solness le constructeur, Le Canard sauvage, Le petit Eyolf...), qui imprègnent le récit et sont passionnantes à retrouver pour qui connaît l’œuvre du dramaturge (sans qu’elles soient non plus indispensables à la compréhension de ce spectacle). Et il y a la maison, matrice du dispositif narratif, métonymie de l’histoire à venir, personnage principal autant que dim., 23 juil. 2017 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3513 Avignon, 22 juillet : Les Grands, texte de Pierre Alferi, conception de Fanny de Chaillé http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3511 Il est toujours étonnant de constater comment certaines œuvres nourrissent (plus ou moins souterrainement) la réflexion, accompagnent, résonnent face à d’autres. Concernant l’enfance, deux documentaires, aux antipodes formels l’un de l’autre reviennent – à tel point que je les cite de loin en loin ici ou là. Tandis que Disneyland, mon vieux pays natal d’Arnaud des Pallières (sorti en 2001) est proche d’un cinéma expérimental, Récréation de Claire Simon est d’une facture plus classique. Dans ce film réalisé en 1993, Claire Simon filme des enfants dans une cour d'école maternelle. À leur hauteur, au plus près de leurs jeux et discussions. Ce qui rend cette œuvre belle, saisissante, c’est sa position sans surplomb. Un adulte regarde des enfants. Peut-être, les regardant, réalise-t-elle l’écart entre leurs usages et les siens. En tous les cas, elle nous les donne à voir, à nous adultes, nous renvoyant à ce que nous sommes et ce que nous ne sommes plus. Dans Les Grands, c’est notamment cela que met au travail Fanny de Chaillé. Pour cette nouvelle création, la chorégraphe collabore pour la troisième fois avec Pierre Alferi. Connu pour avoir fondé avec Olivier Cadiot l’éphémère mais vivace Revue de littérature générale au mitan des années 90, ainsi que pour ses positions politiques (il a notamment critiqué l’état d’urgence en 2015 et soutenu le mouvement Nuit debout au printemps 2016), Pierre Alferi développe une sam., 22 juil. 2017 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3511 Die Kabale des Scheinheiligen – Das Leben des Herrn de Molière, d’après Mikhaïl Boulgakov, mise en scène de Frank Castorf http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3510 Il y a deux ans, dans le cadre du Festival d’Avignon, Krystian Lupa présentait Wycinka Holzfällen (Des arbres à abattre). Un spectacle particulier : si le metteur en scène polonais adaptait l’œuvre de l’auteur autrichien Thomas Bernhard, il y injectait plus que jamais ses propres questionnements et problématiques. Krystian Lupa ayant quitté en 2013 la direction du Stary Teatr de Cracovie pour un autre à Varsovie, la question des liens entre l’artiste et la puissance politique, l’hypocrisie de ces rapports, la compromission pour pouvoir exercer son art, parfois au risque de l’appauvrir, traversaient toute la mise en scène. À sa manière, à son tour, Die Kabale des Scheinheiligen – Das Leben des Herrn de Molière (d’après La Cabale des dévots et La Vie de monsieur de Molière de Mikhaïl Boulgakov) monté par Frank Castorf se révèle essentielle. Un spectacle somme, dans lequel Castorf aborde ces mêmes enjeux en concevant une œuvre puissante, toute entière dédiée à l’art du théâtre et à ses interprètes. Fin 2016, Frank Castorf a quitté la direction de la Volksbühne, théâtre qu’il a dirigé pendant vingt-trois ans, à Berlin. Avec son départ c’est, certes, une page qui se tourne pour ce théâtre mythique par son projet artistique, son public populaire et son engagement. Mais c’est, également, un pas de plus vers de nouveaux modes de conception de la culture. Puisque ce n’est pas une personnalité issue du théâtre qui a jeu., 20 juil. 2017 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3510 Les Parisiens, texte et mise en scène Olivier Py http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3508 La dernière représentation avignonnaise des Parisiens d’Olivier Py a eu lieu le 15 juillet. Le temps éclair des critiques étant déjà plus ou moins écoulé, je renonce à ce périlleux exercice pour poser une question aux spectateurs : n’y a-t-il rien qui vous choque ?Je ne parle pas de toutes les outrances qui traversent le spectacle, de l’énorme godemichet rouge sang, des pipes et des doigts dans le cul, du vieil homme prêt à payer 500 000 euros par an pour que son chien se fasse sodomiser par un homme. Les mœurs et les fantasmes des Parisiens, exhibés à grand renfort de nudités et de scènes sadomasochistes, n’ont aucune part dans mon malaise. Celui-ci tient à la représentation assumée, festive et sans alternative (sinon très marginale, nous y reviendrons) de l’effondrement du politique dans le domaine dit « culturel ».Ainsi, en 2017, le directeur du Festival d’Avignon met en scène dans son fief, espace et symbole encore à peu près vaillant du théâtre public, la défaite du politique, l’arrivisme et le cynisme absolus des élites, la soif d’argent et de pouvoir dénuée d’un quelconque idéal – et tout cela (car jusqu’ici, rien que de très familier) est présenté comme une grande farce, un vaste carrousel où tout virevolte, rien n’est grave et où l’on rit de bon cœur en entendant que les directeurs de nos institutions culturelles, les élus de notre République et leurs conseillers, les mécènes soit disant mar., 18 juil. 2017 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3508 Intermède sans titre http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3507 Petite inquiétude (sous-titré « Bad  news » ; surtitré « Wanted » ;  traduit « What the fuck » ; audio-décrit « Est-ce vraiment une nouvelle ? »)On a perdu Jean Vilar. Celui dont tout le monde parle à tout bout de champ. LE fondateur du festival d’Avignon, LE nom qu’il est de bon ton de citer quand on veut parler de sa facture d’électricité (1). Ou du théâtre populaire, c’est selon. Jean Vilar, mètre étalon du théâtre public, du théâtre populaire, de la démocratisation culturelle et, surtout, surtout, du festival qu’il a créé en 1947 – sous l’intitulé « Une semaine d’art en Avignon ». Enfin, disons que Jean Vilar serait un mètre-étalon à la façon des stoppages-étalon conçus par l’artiste (et joueur d’échecs) Marcel Duchamp {pour voir les stoppages-étalons de Duchamp, clique ICI}. Le modèle de poids et de mesure n’est pas fixe, avec Vilar. Il est en kit, chacun projetant dans la figure du metteur en scène ses propres références, désirs, contraintes, visions de l’art et de la culture. Bref. Et puis comme toutes les figures tutélaires, on y tient, on s’y tient, mais on les moque aussi un peu. Le conservatisme a besoin de vigies, mais les tourner un brin en dérision permet de faire croire qu’on y met de la distance, de l’ironie, qu’on est pas tout à fait dupes de ce qu’elles représentent. Ainsi, régulièrement, Jean Vilar est revisité/détourné sur le mode de la potacherie plus ou sam., 15 juil. 2017 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3507 Avignon, 14 juillet : Sopro, texte et mise en scène de Tiago Rodrigues http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3506 Découvrant Sopro, nouvelle création du metteur en scène Tiago Rodrigues, c’est la citation de Xavier Douroux évoquée quelques jours auparavant – en introduction de l’article sur Antigone monté par Satoshi Miyagi – qui m’est revenue en mémoire. [Allez, comme celle-ci est passionnante par la réflexion qu’elle ouvre, je la remets :  « Je crois beaucoup aux spectres des œuvres dans les expositions. Au fait qu'une œuvre, pour peu qu'elle ait eu un vrai rapport avec une salle, continue à la hanter. Tout cela est très lié à la mémoire (…) »] Cette position du co-fondateur et co-directeur du Centre d’art Le Consortium à Dijon permettait d’évoquer 1) le faible et rare intérêt du théâtre pour les questions de la trace, des spectres des œuvres ; 2) l’interrogation, elle, plus fréquente, portant sur la pertinence d'un projet dans un lieu donné. Et puis, voilà, devant Sopro, cette phrase a resurgi. Avec la certitude que c’est notamment cette idée – les lieux gardent la mémoire des œuvres qui s’y produisent – que Tiago Rodrigues met au travail avec son équipe. La présence des spectres est matérialisée durant tout le spectacle par une lumière blanche venue du sol : devenant pour Sopro la scène d’un théâtre en friche, la scène du Cloître des Carmes irradie par son plancher de bois. Il y a cette évocation là, visible, et il y a ses multiples ramifications, que le spectacle va progressivement déplier : ven., 14 juil. 2017 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3506 Avignon, 13 juillet : Le Sec et l’humide, de Jonathan Littell, mise en scène de Guy Cassiers http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3504 En découvrant Le Sec et l’humide, adaptation scénique par le metteur en scène belge Guy Cassiers de l’essai (édité en 2008) de Jonathan Littell (auteur révélé par son roman Les Bienveillantes qui remporta en 2006 le Prix Goncourt et le Grand Prix du Roman de l’Académie française), je pensais à deux choses. Un détail, et un plan large.  1) Détail. A Providence, adaptation par le metteur en scène Ludovic Lagarde du roman d’Olivier Cadiot et interprété par Laurent Poitrenaux. Créé la saison 2016-2017, ce spectacle a joué un peu partout en France (Caen, Paris, Clermont-Ferrand, Besançon, etc.). La résonance entre Providence et Le Sec et l’humide provient de la présence, dans les deux scénographies, de matériel permettant d’écouter du son via un système utilisant des bandes magnétiques. Alors, certes, il y a deux appareils pour Providence, un seul pour Le Sec et l’humide, et tandis que pour le premier le personnage est dans un salon bourgeois, pour le second il s’agit d’une salle de conférence. Néanmoins, dans les deux cas l’atmosphère est cossue, un brin surannée aussi, et les deux enregistreurs/magnétophones inscrivent historiquement le dispositif dans une période révolue (année 60, 70 et leurs alentours). Une récurrence d’autant plus signifiante que ces deux spectacles ont été coproduit par l’Ircam – Centre Pompidou, et qu’ils développent une recherche spécifique, en lien avec cette structure, sur la jeu., 13 juil. 2017 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3504 Avignon, 6 & 7 juillet : Antigone, de Sophocle, mise en scène Satoshi Miyagi http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3505 En 2011, dans une interview, Xavier Douroux (1) confiait, évoquant le nouveau bâtiment du Centre d'art Le Consortium qu'il a co-fondé et co-dirigé jusqu'à son décès, le 28 juin dernier : « Je crois beaucoup aux spectres des œuvres dans les expositions. Au fait qu'une œuvre, pour peu qu'elle ait eu un vrai rapport avec une salle, continue à la hanter. Tout cela est très lié à la mémoire (…) Que ce ne soit pas le lieu qui évolue, mais ce qui s'y passe, permet d'emporter plus aisément le souvenir et la conscience des œuvres. C'est une façon de se défier du spectaculaire, du contenant, pour privilégier la concentration sur le contenu. » Contenant Vs contenu, spectaculaire Vs concentration, permanence du lieu Vs impermanence de l'œuvre : ces relations de tension opèrent dans tous les espaces, quel que soit le champ artistique. Pour autant, la question de la trace et du souvenir laissés est très peu évoquée dans le théâtre (on avancera l'hypothèse qu'elle passionnerait certains artistes comme le metteur en scène Claude Régy). L'interrogation prépondérante est plutôt celle de la pertinence d'un projet dans un lieu donné. Une réflexion épineuse, ignorée par le système majoritaire de fonctionnement du théâtre public : fondé sur la production/coproduction, celui-ci sous-entend qu'un spectacle, une fois créé, peut indifféremment jouer n'importe où. Ce qui n'est pas si évident … Au premier rang des lieux où ces questions se jeu., 13 juil. 2017 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3505 Avignon, 12 juillet. Hypothèse sur la télé & le théâtre http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3503 En passant, fissa, une hypothèse, peut-être bien peu charitable, mais qui ne demande (qui sait ?) qu’à être contredite. Celle-ci porte sur les spectacles ayant recours aux modèles télévisuels. Cela n’est pas nouveau, et il y a longtemps que des artistes se saisissent de ce vocabulaire. Pastiche d’émission de téléréalité, faux journal d’information, talk-show qui dérape, confidences intimes sur divan ou encore caricature de débat politique viennent agrémenter un propos, quand cette forme n’architecture pas carrément le spectacle. S’il serait réducteur de vouloir généraliser les motivations et choix dramaturgiques amenant les équipes à ces recours, je ne peux m’empêcher de relever la récurrence de certains traits communs ou d’intentions. Pourquoi la télé ? D’abord, il y a eu, longtemps, l’idée d’une critique de la télévision et de ce qu’elle produit – ou pas, justement en termes de pensée –, avec l’opposition théâtre (= art, culture, élévation de l’esprit, blablabla) Vs télévision (= abrutissement des masses, bouuuuh). Un schéma caricatural, assez simpliste – comme si le premier intrinsèquement valait mieux que le second  – qui n’a plus guère cours aujourd’hui. Pourtant oui, ce sont fondamentalement deux objets différents. A ce sujet, on reprendra la différence énoncée par le critique de cinéma Serge Daney entre cinéma et télévision, le premier relevant de la « projection », la seconde mer., 12 juil. 2017 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3503 C’est bien au moins de savoir ce qui nous détermine à contribuer à notre propre malheur, texte et mise en scène de Guillermo Pisani http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3499 « La fiction n’est pas la création d’un monde imaginaire opposé au monde réel. Elle est le travail qui opère des dissensus, qui change les modes de présentation sensible et les formes d’énonciation en changeant les cadres, les échelles ou les rythmes, en construisant des rapports nouveaux entre l’apparence et la réalité, le singulier et le commun, le visible et sa signification. Ce travail change les coordonnées du représentable ; il change notre perception des événements sensibles, notre manière de les rapporter à des sujets, la façon dont notre monde est peuplé d’événements et de figures.(1) »Ouvrir sur Jacques Rancière pour évoquer un spectacle « sous influence de Pierre Bourdieu » peut sembler chose étrange : et pourtant cette phrase résonne étrangement avec la conception de C'est bien au moins de savoir ce qui nous détermine à contribuer à notre propre malheur. Dans cette création, commande de la Comédie de Caen s'inscrivant dans le cycle des « Portraits », soit de formes offrant un regard sur un auteur, un artiste, Guillermo Pisani s'intéresse à la pensée de Pierre Bourdieu. Plutôt qu'une traversée des textes du sociologue, l'auteur et metteur en scène conçoit un projet enraciné par sa structure même dans le cheminement intellectuel du sociologue. Parmi les écrits ayant nourri le projet, la Leçon sur la leçon ressort avec évidence. Ce texte court (d'une quarantaine de pages) constitue le discours ven., 12 mai 2017 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3499