Site principal http://agon.ens-lyon.fr Description de votre site fr Chunky Charcoal, de Sébastien Barrier, Benoît Bonnemaison-Fitte et Nicolas Lafourest http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3497 Il y a des projets qui, tout en travaillant un dispositif modeste, parviennent à déployer une forme aussi labyrinthique qu'inventive. Chunky Charcoal, nouveau projet de Sébastien Barrier, est de ceux-là, à tel point que la matière de la création excède autant sa structure qu'elle l'alimente. Figure un brin iconoclaste, autant comédien-conteur que conteur-comédien – le régime de parole n'étant pas tout à fait le même dans l'une ou l'autre des situations – Sébastien Barrier est connu dans le champ des arts de la rue pour son personnage de Renan Tablantec. Un pêcheur breton et raconteur invétéré d'histoires, qui a au fil des ans pris de plus en plus de place dans la vie de Sébastien Barrier. Si cette aliénation du comédien à son personnage, voire, leur fusion, ne sont peut-être pas innocentes dans le choix de Barrier de « tuer » son alter-ego, cette contamination de l'un par l'autre en dit long sur la qualité particulière de présence de l'acteur. Barrier est un homme qui parle, et qu'il soit pêcheur breton dans la rue ou Sébastien Barrier sur la scène du théâtre national de La Colline, qu'il réalise une dégustation de vin (comme dans Savoir enfin qui nous buvons, spectacle marathon-oenologique) ou narre les bribes de mille et une vies comme dans Chunky Charcoal, son outil est la langue. Une langue ininterrompue, proliférante, drôle, touchante, etc. Pour accompagner celle-ci, un dispositif et des acolytes sont réunis : tandis qu'un mar., 07 févr. 2017 00:00:00 +0100 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3497 La critique du « spectacle » et le spectacle http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3493 L'actualité mondiale de ces derniers mois a su donner à voir, dans un brillant éclat, l'asservissement du politique à une économie souveraine et reléguer la démocratie à un pur décorum. Le pouvoir à la botte de l'économie, des lobbys et des banques, mettant le peuple face à des choix déjà faits, inamovibles et sans alternative, s'est montré dans plusieurs pays dans un beau tapage médiatique. Les trois utilisations du 49.3 pour faire passer la loi travail sans vote et sans amendement, et faire fi des mois de contestation sociale anti-libérale, dans un contexte de prolongation perpétuelle de l'Etat d'urgence et d'instrumentalisation de la terreur, nous en a donné un bel exemple. Sophie Wahnich rappelait d'ailleurs la force « spectaculaire » de la lutte anti-terroriste : « L’état d’urgence a pour lui la force d’une visibilité, d’une démonstration spectaculaire d’un pouvoir d’État qui vise, dans des circonstances tragiques, à se rallier l’assentiment populaire par une politique de la peur1. » La démocratie-spectacle organise la censure en se présentant comme fragile. On a pu le voir en Turquie avec le « putsch » raté et la chasse aux sorcières décomplexée qu'il a permis de légitimer, renforçant le pouvoir d'Erdogan. Au Brésil, la destitution de Dilma Roussef, éclaboussée par l'affaire de corruption Petrobras, a duré environ vingt-quatre heures au Sénat : qualifiée de coup d'état démocratique par certains, elle lun., 22 août 2016 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3493 La Dictature du cool, mise en scène Marco Layera http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3492 Voir un (autre) spectacle : programmé (lui aussi) dans le cadre du IN d'Avignon ; dont on a entendu le pire comme le meilleur ; interprété par la Re-Sentida, compagnie chilienne qui a déjà défrayé la chronique lors de sa première venue au festival en 2014. Se (re)dire que ce n'est qu'une des caractéristiques de cette caisse de résonance festivalière, où les polémiques s'exacerbent à tel point qu'on lancerait bien à la cantonade « on se détend, les youngs, ce n'est que du théâtre ». Être tout de même sacrément curieuse, eu égard au pugilat à l'article signé José Pons dans les Inrocks (« Du pus sur les planches : les nouveaux réactionnaires s’emparent d’Avignon»). Découvrir, enfin, La Dictature du cool, qui raconte, lors d'un 1er mai au Chili, la célébration par une poignée d'ami.e.s de l'accession de l'un d'entre eux au poste de Ministre de la culture. Ce dernier dévoilera au cours de la soirée à ses proches dont il exècre désormais le cynisme, l'hypocrisie et le carriérisme, la liste de ses futurs collaborateurs : un militant syndical, un paysan, un défenseur des droits des Mapuches, minorité indienne ostracisée par le pouvoir chilien, etc. … Pendant que dans les rues, les manifestations du 1er mai dégénèrent, dans le huis-clos de l'appartement, tous tentent de faire revenir leur ami à la raison, espérant un rôle au sein du portefeuille. Au fil du spectacle et de ses excès – la forme étant à l'image de ce sam., 20 août 2016 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3492 Het Land Nod (Le Pays de Nod), conception FC Bergman http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3491 Voir un spectacle : programmé dans le cadre du festival IN d'Avignon ; ayant bénéficié dès sa première d'un très bon accueil critique ; interprété par une jeune compagnie flamande peu connue en France (FC Bergman de son petit nom, étrange intitulé balançant entre foot et cinéphilie), ces trois éléments – Avignon, validation critique, dimension de découverte – amplifiant l'attention autour du travail. Avoir entendu préalablement une interview des artistes, et savoir que la scénographie englobant les spectateurs dans le dispositif reproduit la salle Rubens du Musée des Beaux-Arts d'Anvers. Savoir, de même, que cette salle aux dimensions impressionnantes – qui a pour particularité de contenir des œuvres plus grandes que les portes – est à l'origine de la création. FC Bergman souhaitait en effet concevoir un projet in situ durant des travaux de réfection du musée et c'est l'impossibilité d'une telle réalisation qui a amené la conception de l'espace. Avoir parcouru quelques articles, certains soulignant la puissance poétique sans déroulement d'un sens précis, là où d'autres relèvent la pertinence d'une création qui aborde sans les illustrer des questions d'actualité. À travers diverses images et séquences parfois dansées pouvant rappeler le travail de la chorégraphe Sasha Waltz (par exemple), Het Land Nod évoquerait la situation politique européenne et ce qu'on appelle hypocritement la crise migratoire. Savoir, alors, en jeu., 28 juil. 2016 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3491 Adaptation sans relief http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3490 Écrite en 1781 par Friedrich von Schiller, Les Brigands raconte la trajectoire de deux frères. L'aîné Karl, vit loin de sa famille, tandis que Franz, le cadet, demeure au château avec leur père et la fiancée de Karl, Amalia. Jaloux de son frère, Franz le calomnie et obtient sa répudiation. Karl tombe alors dans le brigandage et s'adonne au pillage – en vengeant par ce biais des crimes impunis. Revenu au château pour affronter Franz qui a pris le contrôle des lieux, Karl libère son père. Franz se suicide. Quant à Karl, déchiré entre épouser Amalia et honorer son serment de fidélité à ses compagnons brigands, il tue Amalia – à sa demande – avant de se faire livrer à la police par un nécessiteux (qui touche, ainsi, la prime de sa capture). Passionnante par l'ambiguïté des personnages et de leurs actions, la pièce interroge les limites de la justice, du devoir, de la morale, de l'éthique, de la nécessité de l'engagement, voire de la subversion de l'ordre établi. Le lien avec Notre crâne comme accessoire ? Les Brigands se révèle être la tâche aveugle de la création de la compagnie des Sans Cou, présentée en mars 2016 au Théâtre des Bouffes du Nord. En effet, la jeune équipe s'inspire pour ce projet du Théâtre ambulant Chopalovitch, du dramaturge serbe Lioubomir Simovitch. Dans ce texte (écrit en 1985), l'action se situe en 1941, dans une petite ville de Serbie sous occupation allemande. Alors qu'une troupe de théâtre ambulant mar., 19 juil. 2016 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3490 Ça ira (1) Fin de Louis, de Joël Pommerat http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3489 Chaque spectacle de Joël Pommerat peut donner le sentiment de découvrir le nouvel espace d'un univers déjà familier. Ce n'est pourtant pas le cas de Ça ira (1) Fin de Louis. S'il s'agit toujours pour le metteur en scène d'interroger notre société et notre rapport au monde, ce spectacle témoigne cependant de nouvelles recherches dramaturgiques et esthétiques, qui permettent de poser autrement les mêmes questions, notamment en s'inscrivant dans un nouveau rapport à l'histoire. Alors que Ma Chambre froide ou La Réunification des deux Corées mettaient en scène des personnages confrontés aux difficultés d'une vie ordinaire, régie par des préoccupations du quotidien, Ça ira (1) Fin de Louis s'intéresse à la grande histoire en représentant le début de la Révolution française. Toutefois, ce spectacle ne nous donne pas à voir un épisode historique lointain, grandiose et stupéfiant, mais nous invite à nous réapproprier notre histoire. Dès le début de la représentation, des débats naissent sur des sujets qui résonnent avec le contexte politique et économique actuel : il est question de crise économique, de réformes fiscales, de privilèges et de misère. Comment ne pas penser à notre époque en écoutant des nobles arrogants s'efforçant de protéger leurs privilèges au détriment du bien commun ? Comment ne pas y penser aussi devant des hommes et des femmes réduits à la misère et prêts à se révolter pour obtenir la justice qu'on ne leur lun., 14 mars 2016 00:00:00 +0100 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3489 Le Système pour devenir invisible, texte et mise en scène de Guillermo Pisani http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3488 Le Système pour devenir invisible n'est pas la première pièce écrite par Guillermo Pisani. Néanmoins, on pressent qu'elle marque une étape dans son parcours. D'abord, à la création du texte correspond la naissance de sa compagnie, au titre éponyme. Ensuite, la pièce constitue sa première mise en scène. Une incursion qui amène forcément ce collaborateur du collectif des Lucioles et plus particulièrement de l'acteur, metteur en scène et nouveau directeur de la Comédie de Caen Marcial di Fonzo Bo, à s'exposer sur sa capacité à porter au plateau ses écrits. Et peut-être est-ce cette aptitude de Guillermo Pisani à dépasser sa matière littéraire pour concevoir un objet scénique maîtrisé qui saisit le plus à la découverte du Système pour devenir invisible. Lorsque le spectacle débute, une femme est déjà sur scène, dans un appartement sommairement meublé où trônent six écrans de télévision. Tandis qu'un texte diffusé sur les écrans la décrit avec précision réalisant une performance porno (dont elle serait spécialiste), elle regarde, vautrée dans un fauteuil, une émission de télé allemande. Ladite performance, c'est à la fin de la pièce qu'elle la met à exécution, bouclant la boucle d'un récit qui ne cesse de brouiller les pistes et de creuser jusqu'au trouble les écarts entre les actions et leurs commentaires. Ainsi, entre cette description et sa réalisation, diverses histoires possibles s'entremêlent. Entremêlement de jeu., 03 mars 2016 00:00:00 +0100 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3488 Papa doit manger http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3486 Dès la scène d’ouverture, le public est plongé dans une atmosphère confinée qui exhale puissamment toute l’angoisse et la cruauté du texte de Marie Ndiaye. Mina, l’enfant, blottie à terre, le visage contracté, les mains crispées sur sa poupée (symbolisant sa sœur Ami), se débat déjà avec ce cauchemar nommé Papa qui, tapi dans l’ombre du bord de scène, tente de la convaincre de le laisser entrer dans l’appartement familial. L’angoisse de l’enfant, interprétée par Malorie Bazin, est immédiatement transmise à la salle qui reçoit en même temps toute la vigueur de l’énergie profondément malsaine de Papa. Encore invisible ce père – incarné par le directeur artistique et metteur en scène de la compagnie Yakka, Namo Kokou Ehah – a une voix inquiétante qui, en étant amplifiée, vibre d’une menace sourde et ne laisse rien augurer de bon : « Papa est revenuuuu !...» susurre-t-il obséquieusement d'une voix grave, basse et feutrée.Si l’écrasante dimension politique de ce texte n’est pas saillante à la lecture, elle est révélée par la mise en scène sobre, poétique et musicale de Namo Kokou Ehah. Nous plongeant dans la sphère privée de la famille et dans l'intimité du couple, la pièce construit une perception de l’autre chez les personnages constamment brouillée par un magma de représentations. Porté par l’écriture dense de Marie Ndiaye dont les dialogues intimes évoquent le genre épistolaire ou le journal mar., 01 mars 2016 00:00:00 +0100 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3486 Avignon 2015. Adresses http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3485 Le premier spectacle du soixante-neuvième Festival d’Avignon est donné le 4 juillet 2015 à 12 heures, en plein air, dans le jardin Ceccano. Des comédiens, amateurs ou en formation, interprètent La République de Platon d’Alain Badiou sous la direction de Didier Galas, Valérie Dréville et Grégoire Ingold, tous les jours à la même heure, du début à la fin du Festival. La scène est à l’ombre de trois platanes qui figurent certainement les trois instances du sujet – c’est ainsi que Badiou rend « la tripartition de l’âme » –, à savoir le Désir, l’Affect, et la Pensée – anciennement Concupiscence, Cœur et Raison.Les spectateurs sont assis, debout, à l’ombre ou au soleil. Il y a du récit et du dialogue, un espace où sont les acteurs, un autre où sont les spectateurs, bref, un dispositif que l’on a accoutumé de nommer Théâtre. Dans un récit, l’acteur s’adresse à moi, il est tourné dans ma direction, il me regarde, moi et mes semblables. Dans un dialogue, deux acteurs au moins s’adressent l’un à l’autre. On a longtemps cru que Théâtre ne désignait que cette seconde forme, sans voir qu’elle était analogue à la première – le récit – sous une modalité plus complexe, plus subtile aussi, et incertaine. La structure est celle-ci : deux acteurs qui se parlent m’adressent leur échange. Je deviens l’interlocuteur –silencieux par principe ou par civilité – non d’un sujet, mais de la relation entre deux jeu., 11 févr. 2016 00:00:00 +0100 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3485 Monument 0 : hanté par la guerre (1913-2013) d’Eszter Salamon http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3481 Chorégraphie guerrière et tribale, ou plutôt montage de chorégraphies, Monument 0 représente plus que le retour des morts. Ici les fantômes vont et viennent sans arrêt, du fond de scène vers la rampe, du plus lointain au plus proche, de l'évanescence dans la pénombre à la présence nette et frontale, physique, presque menaçante. La scène est à la fois une impasse et le lieu d’un défilement continu, une zone magnétique d’attirance et de retrait, un seuil où insiste l’apparition des corps comme une pulsation lumineuse et rythmique : juste les corps, leurs souffles et le sol frappé sans musique ou à peine, seulement chant et flûte pour les intermèdes. Mais de quoi témoigne l’endurance de ces corps à part la simplicité de leur présence tendue, glorieuse, grotesque ou inquiétante ? Quelle complication interne, à la fois historique et esthétique, semble se plier dans ces apparitions successives, si évidentes, si simples ?Crédit : Ursula KaufmannRelayer l’absenceMonument 0 ne donne pas à voir ou entendre un « monument » mais plutôt son degré zéro justement, sa pure qualité matérielle et symbolique d’interface entre deux mondes. Entre présent et passé bien sûr, mais aussi entre le monde des corps vivants et celui des corps virtuels – non pas immatériels et séparés du réel, mais en attente d'une présence nouvelle, agissante, sur scène. Repérés par la chorégraphe hongroise sur YouTube, ces danses de guerres tribales font mer., 10 févr. 2016 00:00:00 +0100 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3481