Site principal http://agon.ens-lyon.fr Description de votre site fr Le Petit Chaperon rouge de Joël Pommerat http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2602 Pourquoi aller au théâtre ? Cette question, qui recoupe un faisceau de motivations – intellectuelles, de divertissement, sociales –, en emporte avec elle une autre : pourquoi y retourner ? Si les réponses possibles sont complexes et intimes, il est certains spectacles, rares, devant lesquels ces interrogations résonnent particulièrement. C'est le cas du Petit Chaperon rouge de Joël Pommerat, spectacle qui en donnant un caractère acceptable à certaines difficiles étapes de la vie, en aidant à grandir, en somme, n'oblitère pas le plaisir de la répétition inlassable du conte. Avec cette création, le fondateur de la compagnie Louis Brouillard procède à une réécriture, permettant une focalisation sur les rapports entre le Chaperon, sa mère et sa Grand-mère. Il est question ici d'amour filial et maternel, ainsi que de transmission, d'initiation et de tout ce que le fait de grandir emporte – acquisition de l'autonomie, de la confiance en soi et de l'autre, indépendance. Dans ce théâtre au dispositif minimal, essentiel, trois comédiens interprètent cinq personnages. Tandis que le conteur, présent dès le début sur le côté de l'avant-scène – position de figure omnisciente qui nous fera traverser le conte –, endosse également le rôle du loup, les deux comédiennes se partagent ceux de la grand-mère, de la mère et du Chaperon dans un savant jeu de passe-passe générationnel. Pas de père dans cette lecture-là, mais une mère bien lun, 13 mai 2013 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2602 On arrête de se calmer http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2569 Les « regards croisés » se sont développés au fil des ans comme un rendez-vous singulier et significatif, tisseur de réseaux, embrayeur d'échanges artistiques, passeur d'œuvres et de projets. Cette initiative est née de la profonde conviction que la circulation des œuvres – sans laquelle elles resteraient « lettre morte » – passe par l'écoute et la réception des différences, voire des différends qui trament internationalement la dramaturgie contemporaine.La présence de spectateurs curieux des nouvelles tendances de la scène contemporaine, d'artistes, de chercheurs, d'étudiants en pratique ou en études théâtrales, d'amateurs de théâtre, témoigne à chaque édition de ce festival de la nécessité citoyenne, artistique et intellectuelle d’un tel rendez-vous et de l’importance des enjeux du travail en profondeur où il prend sa source – lectures publiques, ateliers en lycées et collèges, collaboration à des manifestations littéraires, soutien à la traduction et l’édition, résidence d’écrivains, ateliers d’écriture, centre de ressources, implication dans les quartiers et les territoires ruraux, travail avec l’université et les écoles de théâtre,On peut s’étonner de la récurrente difficulté que rencontrent, aujourd’hui encore, les auteurs « vivants » à voir leurs textes passer au plateau. Malgré les nombreux dispositifs mis en place pour soutenir l’émergence de nouvelles œuvres et accompagner leur ven, 10 mai 2013 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2569 « Chercher de nouvelles voix » http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2571 Sylvain Diaz. En tant qu'auteur associé à cette nouvelle édition du festival Regards croisés, pourriez-vous nous présenter Troisième Bureau : qui compose ce comité ? Comment travaille-t-il ? Laura Tirandaz. Le comité Troisième Bureau est composé à la fois de comédiens, de metteurs en scène, d'universitaires, d'auteurs... Nous sommes ainsi attentifs, de manière différente mais ensemble, à l'émergence de nouvelles écritures, en provenance notamment d'autres pays d'Europe. Nous nous réunissons une fois par mois pour discuter des textes qui nous sont soumis et choisirceux qui seront présentés au mois de mai lors du festival Regards croisés. Si auparavant la sélection s'établissait autour d'un axe thématique, c'est désormais moins le cas.  S.D. Comment les textes qui sont mis en lecture lors du festival sont choisis ? Sur le mode du coup de cœur ?L.T. Pas seulement. Ce qui est décisif dans un texte, c'est la manière dont il fait débat (parfois au sein même du comité) tout en déployant une langue exigeante. Les œuvres présentées cette année lors du festival sont assez diverses. Certains textes explorent par exemple de nouvelles formes dramatiques, comme l'écriture chorale de Nicoleta Esinencu dans Antidote (2009).S.D. Dans la sélection de cette année, y a-t-il un texte qui retient particulièrement votre attention ? L.T. Chaque texte possède ses qualités et développe un univers singulier. Certains auteurs – invités cette année ven, 10 mai 2013 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2571 Gilles Granouillet : un théâtre qui « réenchante le monde » http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2574 Sylvain Diaz. Pouvez-vous présenter en quelques mots la pièce de Gilles Granouillet, Hermann (2011), dont vous allez diriger la mise en lecture ?Thierry Blanc. C’est l’histoire d’un homme – Hermann – qui part à la recherche d’une femme – Olia – qu’il a connue. C’est une quête amoureuse : comment un amour qu’on a abandonné à un moment peut retransformer le cours d’une vie ? Mais à cause de pertes de mémoire dues à la maladie d’Alzheimer ou autre, les histoires se tissent et se recroisent. C’est donc un jeu de piste très difficile à résumer. Pour moi, l’intérêt de cette pièce, c’est qu’elle n’est pas résumable. Elle est à lire et à entendre. S.D. Pourquoi ce texte a-t-il été sélectionné par le comité Troisième bureau pour le festival Regards croisés ? T.B. Cela fait plusieurs années qu’on travaille avec Gilles Granouillet. On a lu plusieurs de ses textes, mais pas dans le cadre du festival Regards croisés, si ma mémoire est bonne. On a donc décidé de l’inviter pour cette nouvelle édition. Hermann, sa dernière pièce, a fait l’unanimité parce qu’il s’agit d’une très belle histoire. C’est l’intérêt premier de ce texte : c’est une très belle histoire. On est complètement captivés par cette histoire originale, singulière. S.D. Est-ce la force de cette histoire qui fait la singularité d’Hermann parmi les autres textes sélectionnés ?T.B. Cette pièce parle d’abord d’une ven, 10 mai 2013 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2574 Cheminer aux marges http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2576 Plus que de raison, il semble normal de prêter de l’attention à ce qui fait histoire, à ce qui relève de l’ordre du spectaculaire, à ce que le monde qui nous entoure choisit de mettre de façon unanime sous les projecteurs. Comme des pies, nous sommes attirés par le clinquant d’un papier doré et nous prenons goût à ce qui relève d’une immédiate perceptibilité. Or, nous oublions que le monde n’est pas uniquement composé de parties (sur)éclairées ; il y a tout ce qui relève du domaine de l’ombre et que nous omettons par conséquent, non par faiblesse ni paresse, mais par habitude de regarder. Nous ne vivons pas dans un monde, mais entre deux mondes au moins. Le premier est inondé de lumière, le second traversé de lueurs. Au centre de la lumière, nous fait-on croire, s’agitent ceux que l’on appelle aujourd’hui, par cruelle et hollywoodienne antiphrase, les quelques people, autrement dit les stars – les étoiles, on le sait, portent des noms de divinités – sur lesquelles nous regorgeons d’informations le plus souvent inutiles. Poudre aux yeux qui fait système avec la gloire efficace du « règne » : elle ne nous demande qu’une seule chose, et c’est de l’acclamer unanimement.1Aussi, l’objet du théâtre est de cheminer aux marges : de nous apprendre, à nous spectateurs et lecteurs, à étendre nos capacités de perception, à voir ce qui n’est pas montré, à entendre ce qui n’est pas audible. Aux marges, c’est-à-dire ven, 10 mai 2013 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2576 Tout doit disparaître : discours, malgré tout http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2578  « ANDREAS.- Vous vous souvenez d’Andreas Baader ? Avec son amie Gudrun Ensslin, il a incendié un centre commercial dans les années 60. Le message était clair, il a voulu frapper le symbole de l’asservissement volontaire. Il a porté un coup directement en plein cœur des rêves factices. Plus tard, lorsqu’une journaliste Ulrike Meinhof, a organisé son évasion, Andreas Baader a créé la Fraction Armée Rouge, au nom d’un idéal de révolution. Frapper au cœur du rêve, vous comprenez, parce que le rêve n’en est pas un, le rêve est fabriqué de toutes pièces, le rêve est assemblé dans les bureaux climatisés des sièges sociaux, le rêve est tissé de mensonges. On fait croire que le rêve est le vôtre, on vous injecte des rêves pour mieux vous anesthésier, des rêves qui abaissent la nuque, qui voûtent les épaules. »1Aurélie Coulon. Vous êtes membre de Troisième bureau et vous y avez le statut d’auteure associée. Qu’est-ce qui vous a donné envie de rejoindre le collectif, et en quoi cet engagement nourrit-il votre pratique de l’écriture ?Magali Mougel2. J’ai découvert le festival quand j’étais étudiante à l’ENSATT (École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre) : nous avions accompagné une série de rencontres. À l’issue de l’édition 2011 de Regards croisés, Bernard Garnier nous a proposé, à Laura Tirandaz et à moi, de rejoindre l’équipe et de prendre en charge des temps forts qui ven, 10 mai 2013 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2578 « Le corps, champ de la lutte » http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2581 La Vie normale (extrait)ACe ne sont ni la STASI INTÉRIEURE, ni les terroristes qui ont tué ta vie privée. C’est le capitalisme.CNe prononce pas ce mot.AQuoi?CLe mot que tu viens de prononcer.ACapitalisme?CQuand j’entends ce mot, je me sens tout de suite parachutée dans un camp d’entraînement marxiste. Un camp où on forme des humanistes gentils, prévenants,consciencieux et soucieux qui se repentent de faire partie de quelque chose dont ils ne peuvent sortir.AAlors quel mot?CUn autre.BMais tu n’es rien d’autre qu’un profil de consommateur qui circule entre les entreprises. Dans la conscience même de l’enregistrement et de la classification permanents de toncomportement. Parce qu’ils savent toujours où tu es, et qu’ils peuvent, où que tu sois, t’envoyer une proposition sur-mesure. C’est à cause de ça que tu te sens traquée.ATu veux dire que les mecs de la STASI INTÉRIEURE sont en moi, qu’ils me voient en live?COui, et de temps en temps, la STASI INTÉRIEURE te laisse regarder. Et là ils se servent de ton regard intime comme surface de projection.B…Alors cette caméra dans la chaussure, là, c’est la STASI INTÉRIEURE.AIL N’Y A PAS DE CAMÉRA DANS CETTE CHAUSSURE.CLa STASI INTÉRIEURE a installé une caméra de vidéo-surveillance à l’intérieur de nous, et elle tourne en permanence.BDans quel but?CLa mission la plus noble de la STASI INTÉRIEURE est de nous faire prendre soin de nous-mêmes, et c’est pourquoi la STASI ven, 10 mai 2013 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2581 J’appelle mes frères : l’altérité en jeu http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2585 Aurélie Coulon. Tu es comédien et metteur en scène : qu’est-ce qui t’a donné envie de rejoindre Troisième bureau, et comment est-ce que cela nourrit ta pratique ?Grégory Faive. Tout d’abord, cela permet d’être en lien avec les écritures contemporaines, de découvrir et d’entendre ce qui s’écrit. C’est une manière de m’obliger à rester en lien avec ces écritures, au-delà de ce que je découvre par hasard par le bouche-à-oreille ou en flânant dans les rayons des bibliothèques. Cela permet aussi de dialoguer avec les membres du collectif, qui ont tous des profils très différents : il y a des comédiens, des auteurs, des universitaires… On peut ainsi échanger autour du ressenti d’une écriture, et cela aiguise la curiosité d’entendre d’autres points de vue. La possibilité de rencontrer les membres de l’équipe régulièrement et de travailler avec les comédiens est très enrichissante. L’exercice de la lecture est aussi une manière de s’attacher à la chose première qu’il y a à faire entendre dans un texte : cela permet, pour les autres créations qui n’ont aucun rapport avec Troisième bureau, de rester toujours vigilant sur la manière dont on encourage l’imaginaire du spectateur. À la lecture, pour peu que le texte soit bien lu, le spectateur fait tout : il peut inventer l’apparence des personnages, les lumières, l’espace. Or lorsqu’on fait une mise en scène on impose tout. Passer par ce travail de ven, 10 mai 2013 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2585 Hakim Bah : « Dramaturgie du coup de pied » http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2588 Sylvain Diaz. Peux-tu nous présenter la pièce d’Hakim Bah, Le Cadavre dans l’œil (2012), qui sera lue dans le cadre du festival Regards croisés ?Véronique Labeille. De quoi ça parle ? C’est un jeune garçon qui prend la parole pour raconter son histoire, ses premières années – y compris celle où il était dans le ventre de sa mère. C’est ça qui est très fort dans la pièce : quand le récit commence, le personnage n’est qu’un embryon. Il dit n’être qu’« une goutte de sperme dans le ventre de [sa] mère ». Sa mère est en prison. Elle vit sa grossesse en prison, elle accouche en prison et elle élève un petit garçon en prison pendant plusieurs années. Cet enfermement est très poignant, mais il n'y a nullement de pathos dans la pièce.C’est une histoire très simple – presque universelle, puisqu'elle peut se passer n'importe où. La pièce se déroule néanmoins dans un contexte bien particulier, celui de la Guinée du début des années 1970 marqué par différents massacres, notamment ceux d’hommes pendus au pont du 8 novembre. Le père du personnage est l’un de ceux-là et le personnage assiste, enfant, sans vraiment le savoir, à sa pendaison. D’où le titre de la pièce : « depuis tout petit je porte un cadavre dans l’œil ».Cette histoire est traitée sous la forme d’un long monologue, un monologue adressé. C’est d'ailleurs pour cela qu’on est bel et bien au théâtre. Lorsqu’on lit les premières ven, 10 mai 2013 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2588 Nicoleta Esinencu : « une écriture nécessaire parce qu'elle interroge pleinement notre présent » http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2599 Sylvain Diaz. Avant de parler de la pièce, pouvez-vous nous présenter Nicoleta Esinencu, l’auteure d’Antidote (2009) que vous avez traduite et qui va être lue dans le cadre du festival Regards croisés ? Alexandra Lazarescou. Nicoleta Esinencu est une auteure moldave qui travaille à Chisinau (Moldavie) où elle a créé son propre lieu, en 2010, le « teatru-spalatorie » (Le Théâtre-laverie). Elle y monte ses pièces et programme celles d’autres jeunes auteurs. Elle programme surtout du théâtre documentaire ou des textes construits à partir d’histoires personnelles. La plupart du temps les auteurs jouent ou mettent en scène leurs propres textes. Bogdan Georgescu (Roumanie) est à la fois l’auteur et le metteur en scène de Rogvaiv.Wojtek Ziemilski (Pologne) est à la fois l’auteur et le metteur en scène de Fiction.Chère Moldavie, si on s’embrassait un peu est co-écrit par Nicoleta Esinencu et Jessica Glause.Kebabde Gianina Carbunariu (Roumanie) est actuellement monté par des étudiants. Ses textes ont été mis en scène en Allemagne, Russie, États-Unis, Japon, Roumanie, Slovaquie, Suède, Finlande, Bulgarie, Pologne, Autriche, France (Fuck you, Eu.ro.Pa !, par Alexandra Badea à Confluences, Paris ; au Théâtre de Poche de Wesserling, Husseren-Wesserling ; au Théâtre de la Découverte à La Verrière, Lille et par Dag Jeanneret, au Théâtre de Grammont, à Montpellier), etc. Elle a bénéficié de nombreuses résidences d'écriture : ven, 10 mai 2013 00:00:00 +0200 http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2599